BULLETINS
L'ACADÉMIE ROYALE
SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS
DE BELGIQUE.
61" ANNÉE, 3"° SÉRIE, T. XXE
1891.
BRUXELLES, F. HAYEZ, IMPRIMEUR DE L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE, rue de Louvain, 1142.
MDCCCXCI.
BULLETINS
DE
L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES,
DES
LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE.
DES
SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS
Mo. Bot. Garden, 1896. BRUXELLES,
HAYEZ, IMPRIMEUR DE L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE, rue de Louvain, 112.
1891
ACADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE. = BULLETIN DE . CADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, o DES | © LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. —
Mo. Bot. Garden, ne A
BULLETIN
DE
DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE.
1891. — N° i.
el
| CLASSE DES SCIENCES.
a
Séance du 10 janvier 1891. Í M. Sras, directeur de la Classe et président de l’Acadé- mie pour 4890, occupe le fauteuil.
Sont présents : MM. F. Plateau, directeur pour 1891 ; le baron de Selys Longchamps, G. Dewalque, H. Maus, É. Candèze, Brialmont, Éd. Dupont, Éd. Van Beneden, C. Malaise, F. Folie, Fr. Crépin, Éd. Mailly, J. De Tilly, Ch. Van Bambeke, Alf. Gilkinet, G. Van der Mensbrugghe, W. Spring, Louis Henry, M. Mourlon, P. Mansion, . J. Delbæuf, P. De Heen, C. Le Paige, membres; Ch. de la Vallée Poussin, associé; Léon Fredericq, J.-B. Masius, A. Renard, Ch. Lagrange, L. Errera, F. Terby et J. Deruyts, correspondants.
‘3"° SÉRIE, TOME XXI. 1
(a) a
Sur la demande de M. Liagre, absent pour cause de D maladie, M. Le Paige, le plus jeune des membres titulaires, remplit les fonctions de secrétaire.
— En ouvrant la séance, M. Stas donne lecture d’une lettre qui lui a été adressée par M. le secrétaire perpétuel, . et par laquelle il le prie d'informer ses confrères qu'il ést gravement malade.
Sur la proposition de son directeur, la Classe décide que tous ses vœux seront exprimés à M. Liagre pour le 4 rétablissement de sa santé. i
$
CORRESPONDANCE.
*
M. le Ministre de l'Intérieur et de l’Instruction-publique envoie une ampliation : | À = 4° De l'arrêté royal en date du 6 décembre, nommant « président de l’Académie pour l'année 1891, M. G. Tiber- … ghien, directeur de la Classe des lettres pendant ladite … année; a 2 De l'arrêté royal en date du 28 décembre, approu- vant l'élection de M. Constantin Le Paige en qualité de membre titulaire de la Classe des sciences. — Pris pour … notification. a
— M. Le Paige, ainsi que M. Jacques Deruyts, élu corres- pondant, et MM. Fizeau, Cayley et Adolphe von Baeyer élus associés, adressent des lettres de remerciements.
— La Classe accepte le dépôt dans les archives de 1 l’Académie : : 4° D'un P cacheté remis par M. Stas, contenant une léttre
4 # P
(5 ) de M. V.. roue de Leipzig, Mittelstrasse, n° 25; - 2% Dun pli cacheté contenant un théorèmé d’algèbre = relatif aux équations; déposé par M. A. Flamache.
= — Le comité pour une médaille d’or à offrir à M. Rudolf Virchow, associé de la Classe et professeur à l’Université ` de Berlin — à l’occasion de son 70° anniversaire, qui aura _ lieu le 13 octobre prochain — demande à pouvoir faire . circuler une liste de souscription parmi les membres de la Classe. — Accordé. Une lettre de félicitations sera adressée au jubilaire.
… — Hommages d'ouvrages: -, Addition à ma notice : De Vexistence probable, chez # Phallus (Lihyphallus) impudicus (L:), d’un involucrum ou _ tndusium rudimentaire; par Ch. Van Bambeke; = Vocabulaire de noms wallons d’animaux (Liège, Luxem- = bourg, Namur, Hainaut) avec leurs équivalents latins, français et flamands; par Jules Defrecheux, 2 édition; 7 Cours professé à la faculté des sciences de Paris; par Ch. Hermite, associé; + Zur feineren Anatomie des centralen Nervensystems, = 2% beitrag; par A. Kölliker, associé; 7 _ Traité de mécanique céleste, tomes 1 et Il; par F. Tisse- : rand; = Erläuterungen zur geologischen Uebersichts-karte des Königreiches Rumänien; par M. Draghicenu. — Remer- ciements.
— Sur leur demande, MM. E. Lagrange et Hoho sont remis en possession de leur travail Sur un phénomène lumineux accompagnant l’électrolyse.
| (2) :— Travaux manuscrits renvoyés à l'examen de com- missaires : à
4° Études sur les bières bruxelloises ; par MM. L. Van den Hulle et Henri Van Laer. — Nouvelle rédaction du travail des mêmes auteurs, intitulé : Étude sur le lambic, ` qui a été l’objet des rapports de MM. Gilkinet et Henry, | lus dans la séance du 8 novembre dernier. — Renvoi aux | mêmes commissaires. ;
2X Annexes à mon mémoire présenté à l’Académie, ; en 1887, sur la cause physique de l’indétermination à laquelle conduisent les équations du mouvement transla- toire de Cauchy; par Eug. Ferron. — Commissaires : … MM. Mansion, De Tilly et Van der Mensbrugghe; 4
3°. Détermination du rayon de courbure en coordonnées parallèles ponctuelles; par Maurice d’Ocagne. — Commis- saires : MM. Catalan, Mansion et Le Paige.
RAPPORTS.
Notes préliminaires sur l’organisation et le développement de différentes formes d’ Anthozoaires ; par Paul Cerfon: laine. >
Rapport de M Éd. Van Beneden, premier commissaire.
« Au mois de mai de l’année dernière, M. le Ministre de l'Intérieur et de l'Instruction publique, après avoir pris l'avis de l’Académie, a désigné M. Cerfontaine pour aller occuper, à l'Institut zoologique de Naples, la table de travail, dont le gouvernement belge dispose dans cet éta- blissement.
2e MD LA Dr PE se T EE SOS dr Er A PDO A SM cie AMA SE OUEN CAES 7e SE EE N EN Sr Ce QE:
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à
(3)
J'avais donné à M. Cerfontaine le conseil d'étudier, pendant son séjour à la Méditerranée, l’ontogenèse des Zoanthaires et de chercher avant tout à élucider l’histoire du développement du Cerianthus membranaceus, très commun dans la baie de Naples.
L'organisation des Cérianthes est aujourd’hui bien con- nue, grâce surtout aux recherches de J. Haime, de von Heider, des frères Hertwig, de G. von Koch, de C. Vogt et de Danielssen. Elle diffère très notablement de celle de tous les autres Zoanthaires, notamment en ce qu’elle décèle une symétrie bilatérale parfaite et permanente, et en ce que l'accroissement, ou tout au moins la multiplication des organes, s’accomplit exclusivement dans une zone unique, d’étendue très limitée, toute nouvelle paire de cloisons se formant en arrière de la paire formée en dernier lieu.
Avant de partir pour Naples, M. Cerfontaine a pu s’initier de visu à la connaissance de l’organisation des Cérianthides. J'ai mis à sa disposition, à cet effet, les nombreuses séries de coupes que je possède d’un Cérianthe nouveau de nos côtes, à l'étude duquel j'ai consacré beaucoup de temps.
Je décrirai un jour cette forme intéressante, à laquelle jai
. donné le nom de Cerianthus vermicularis.
Si l'on connait bien la constitution des Cérianthes adultes et les lois qui président à leur accroissement, il n'en est malheureusement pas de même de leur déve- loppement. On ne possède que des données fragmentaires et fort insuffisantes sur les premiers stades larvaires, ‘et l’on n’a que des renseignements incomplets et peu sûrs au sujet de la formation des premiers organes. Cette lacune est d'autant plus regrettable, que des questions de morpho-
-logie générale d’une grande importance se rattachent à la _ Connaissance des premiers stades évolutifs de ces ani-
(6)
maux, J. Haime, Kowalewsky, Jourdan et Busch sont les seuls auteurs qui aient eu sous les yeux des larves de Cérianthes. Les observations de J. Haime et de Busch, sur des larves vivantes, ont certes une grande valeur ; mais elles n’ont malheureusement fourni aucun rensei- gnement sur l’organogenèse, et les recherches de Kowa- lewsky sont à tel point considérées comme sujettes à revision que, dans un mémoire qu'il vient de publier sur la phylogénie des Zoanthaires, Boveri les passe totalement sous silence (1).
C’est en vain que j'ai cherché à me procurer les stades embryonnaires et larvaires de mon Cérianthe vermiculaire et, me rendant compte de l’intérêt tout spécial qui s’attache au développement des Cérianthides, je désirais vivement voir paraître, à bref délai, un travail relatif à l'ontogenèse du Cérianthe de la Méditerranée. J'espérais que, pendant son séjour à Naples, M. Cerfontaine réussirait à se procurer le matériel nécessaire à cette étude, et qu’il parviendrait à combler une lacune que connaissent et que déplorent tous : ceux qui s'intéressent à la morphologie des Zoophytes.
Il n’en a malheureusement pas été ainsi. Tout au moins dans la baie de Naples les produits sexuels du Cerianthus membranaceus n'arrivent pas à maturité pendant les mois d'été (juin à octobre). Aussi M. Cerfontaine m'a-t-il pu obtenir ni œufs fécondés, ni embryons, ni larves de cet animal.
allie
(1) Des études que j'ai eu l’occasion de faire tout récemment sur le développement du genre Arachnactis, m'ont donné la conviction que les doutes émis au sujet de la valeur des observations de Kowa- lewsky ne sont en rien justifiés, et que Boveri a eu grand tort de ne pas en tenir compte.
(7)
Heureusement, son programme d’études, loin de se res- treindre à ce seul objet, s’étendait, au contraire, à un ensemble de questions se rattachant à la morphologie des Zoanthaires en général, et si les larves de Cérianthes lui ont manqué, il a réussi à se procurer un beau matériel pour l'étude du développement d’une série d’autres Antho- zoaires Malacodermés et Sclérodermés. L'auteur se pro- _ pose de communiquer successivement à la Classe, sous la ~ forme de notes préliminaires, afin de prendre date, un exposé succinct des résultats de ses recherches, en atten- = dant l'achèvement du mémoire détaillé dans lequel les faits observés par lui seront décrits et discutés.
i quatre notes distinctes.
La première est relative au de des douze _ premières cloisons mésentériques chez Cereactis auran- | liaca. La seconde traite du dura à spa des sarcoseptes F. chez Astroïdes calycularis. ~ ` La troisième donne l’histoire très complète du déve- -loppement des tentacules chez le même Astroïde, et _ démontre que la « loi des substitutions », établie par M. de Lacaze-Duthiers, en ce qui concerne les Hexactinies, se vérifie également chez les Hexacoralliaires. Dans la quatrième, l’auteur décrit l’organisation d’un Cérianthe nouveau de la baie de Naples, auquel il donne le nom de Cerianthus oligopodus. Cette espèce ne se repro- 3 duit pas non plus pendant la saison d'été. + Chacune de ces notes mentionne des faits nouveaux et = constitue une contribution utile à la connaissance des is Loanthaires en général. Je propose à l’Académie de décider l'impression de ces
nées
| i e À | |
Il soumet aujourd'hui à nr de l’Académie
+
(8) ; notes dans le Bulletin de la séance, d’ordonner en outre la reproduction par la lithographie des deux planches fort x bien dessinées qui ds le manuscrit. »
Rapport de M. Van Bambeke, second commissaire.
« Je n’ai rien à ajouter au rapport si complet de mon savant collègue, M. Éd. Van Beneden, et je me rallie très volontiers aux conclusions de ce rapport. » :
La Classe adopte ces conclusions.
—
Sur la Monazite de Nil-Saint- Vincent, notice cristallogra- phique; par le D" A. Franck, préparateur à l Université ] de Gand.
Rapport de M. de la Vallée Poussin, premier commissaire.
« L'examen que j'ai fait de la Notice sur la Monazite de Nil-Saint-Vincent, par M. A. Franck, m'y a fait reconnaître une étude cristallographique très précise et qui n’était pas sans difficulté, car, dans l’espèce, il s’agit de cristaux qui ne dépassent guère un millimètre de grandeur dans le seul gisement de Belgique où l’on rencontre ce phosphate. Nonobstant la petitesse des spécimens, M. Franck nous donne un tableau très complet des angles mesurés direc- tement sur la monazite de Nil-Saint-Vincent : ce qui sup- pose chez l’auteur l’usage d’un excellent instrument et l’habilité à s'en servir. Cela suppose aussi, à mon avis, que
S
i
Dh A “Ve ph ur B MI, TE ECHR Pal E de CE X
(9)
ces petits cristaux du Brabant sont plus nets que les cris- taux de plus grandes dimensions qui ont servi à M. de Kokscharow, et qu’il ne jugeait pas propres à des mesures d’une grande précision. Quoi qu'il en soit, M. Franck a poussé l'exactitude jusqu’à la demi-minute angulaire pour certains angles; ce qui dépasse le nécessaire, puisque nous savons que, chez la plupart des cristaux, les irrégularités d’angles dièdres s'élèvent à plusieurs minutes. Je propose volontiers l'impression de ia note de M. Franck dans les Bulletins de l’Académie, la publication des figures et pro- jections qui l’accompagnent, et d’adresser des remercie- ments à l’auteur. »
Rapport de M. Renard, second commissaire,
« La notice que M. Franck présente à l’Académie porte sur les cristaux de monazite que j'ai signalés autrefois à Nil-Saint-Vincent. Jen ai fait connaître les faces et les mesures goniométriques principales, ainsi que la com-
position chimique, dans une note publiée aux Bulletins de
1882. Ces cristaux de phosphate de cérium, de lanthane et de didyme sont riches en facettes, et, quoique de petites dimensions, ils sont assez nets pour se prêler à une étude cristallographique complète. C’est cette étude que M. Franck a entreprise et dont il donne les résultats dans le présent. travail. Il est évident que toutes les mesures qu'il a obtenues ne sont pas également précises, mais je pense qu’il est utile de les grouper toutes en un tableau, comme l’a fait l’auteur, en les distinguant par des dési- gnations conventionnelles. On peut mieux juger ainsi de la
7 X x f
(10) succession des faces dont Pensemble constitue les zones représentées dans la projection sphérique qui accompagne cette notice. Le calcul des angles.e : a, e : e', m.: m’ donne pour le rapport des axes et la valeur de l’angle 8 des nombres qui peuvent être considérés comme concordants avec ceux déjà obtenus sur des cristaux de monazite d’autres gisements; ils sont compris dans la limite des variations qu’on constate en comparant les valeurs données par Vom Rath, Kokscharow, Des Cloizeaux, et plus récem- ment par Scharizer.
Je me rallie à la proposition du premier commissaire, M. de la Vallée Poussin, et je demande à la Classe de décider l'impression dans les Bulletins de l’Académie de la notice de M. Franck, avec les deux figures qui l’accom- pagnent; je propose, en outre, qu’elle vote des remercie- ments à l’auteur. » — Adopté.
+
ÉLECTIONS.
La Classe procède à élection de son directeur pour 1892. Les suffrages se portent sur M. Folie.
M. Stas, en cédant le fauteuil à son successeur, exprime ses remerciements pour l'honneur qui lui a été fait de pou- voir occuper les fonctions présidentielles de l’Académie en même temps que celles de directéur de la Classe.
M. Plateau propose de voter des remerciements à M. Stas pour la manière dont il s’est acquitté de la double tâche qu'il avait à remplir.
a De crainte de blesser la modestie de notre confrère, ajoute M. Plateau, je ne puis insister sur le talent et la
é
(T courtoisie avec lesquels il a dirigé les travaux de la Classe ; mais M. Stas nous permettra de lui témoigner notre vive gratitude et notre haute estime ». — Applaudissements. M. Plateau installe ensuite au bureau M. Folie, lequel _ remercie également ses confrères pour leurs suffrages.
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
= Recherches sur la vitesse d’évaporalion des liquides pris 4 au-dessous de la température d’ébullition (première : partie); par P. De Heen, membre de l’Académie.
z =
Le phénomène de l'évaporation des liquides à une lem- ~ pérature inférieure à la température d'ébullition constitue -~ Fun des faits les plus importants dans l’économie de Ja _ nature. C’est l'évaporation plus ou moins sensible qui se … produit à la surface des mers et des lacs qui détermine _ l'état hygrométrique plus ou moins accentué de notre atmosphère, la fréquence plus ou moins grande des météores aqueux. On conçoit donc aisément tout l'intérêt
NE Nu
_ mène,
_ On admet actuellement que la vitesse d’évaporation dépend de la température du liquide, de l’état hygromé- trique de l’air, de la pression extérieure, de la vitesse du _ vent, mais nous ignorons dans quelle mesure ces divers facteurs retardent ou accélèrent la vitesse d’évaporation ; Cest ce que nous nous proposons de rechercher.
PPT SERRES PURE Ve die EE De ON Que SU fe Ye EE
que présente la recherche des lois qui regissent ce phéno-
(42)
PREMIÈRE PARTIE.
Vitesse d’évaporation des liquides soumis à l'influence d’un courant gazeux sec.
Dans cette première partie de notre travail, nous exa- minerons l'influence exercée sur la vitesse d’évaporation : 4° par la vitesse du courant; 2 par la température; 3° par
la nature du liquide: 4° par la nature du courant gazeux; q 12 P
d° par la pression du gaz en mouvement.
Description de l'appareil.
L'appareil se compose d’un récipient A, contenant un
liquide quelconque, dont la température est maintenue
constante à l’aide d’un régulateur d'écoulement du gaz R. Ce récipient renfermé un serpentin en cuivre s, destiné
à amener le courant gazeux à la température du bain; on s'assure que celte condition est réalisée à l’aide du
thermomètre t’, qui plonge dans l’épronvette et, traver- sée par le courant. Ce courant est ensuite amené dans.
l'éprouvette e, qui renferme le liquide à étudier, lèche la surface de ce liquide et s'échappe par le tube n, dont l'ex- trémité est disposée à une distance sensiblement invariable
de la surface du liquide. Les opérations sont conduites de
telle manière, que l’évaporation ne modifie pas sensible- ment la hauteur du niveau.
Afin d'obtenir un courant gazeux ayant une vitesse constante, le tube n, muni d’un tube capillaire T, est mis
(15 )
en relation avec un récipient B, dans lequel on réalise une dépression à l’aide d’une pompe de Muncke. Cette dépres- sion est mesurée par le relèvement du mercure dans le tube H. La partie supérieure de ce tube est fermée à l’aide d’un bouchon en caoutchouc, lequel est traversé par un fil de platine f. Au moment où le mercure entre en contact avec le fil de platine, un circuit électrique se ferme, et le courant, en traversant l’électro-aimant E, relève l'armature et ferme le robinet r, placé sur le tube d’aspiration ; si, au contraire, la dépression diminue, le mercure s'abaisse et l’armature retombe. Un robinet p permet au besoin de laisser pénétrer un peu d'air extérieur lorsqu'il s’agit de faibles dépressions. On réalise de cette manière dans le réservoir B une raréfaction absolument constante.
Si l’on veut faire varier la vitesse du courant gazeux, il suflit de faire varier soit la hauteur du fil de platine, soit le diamètre du tube capillaire T.
Afin d'éviter que le liquide vaporisé ne se condense dans le tube capillaire, on a interposé le réfrigérant N ; de plus, le tube n est recourbé en U à l’intérieur du bain,
afin d'empêcher les gouttelettes liquides condensées à la ~ Sorlie de celui-ci de retomber dans l’éprouvette e.
Le volume du gaz qui passe dans l'appareil est déter- miné à l’aide d’une cloche à gaz parfaitement jaugée, et contenant environ 50 litres; on peut encore utiliser un compteur à gaz.
Avant de pénétrer dans l'appareil, le gaz traverse une _ Série de tubes L renfermant du chlorure de calcium, afin de le dessécher parfaitement.
Pour déterminer la quantité de liquide vaporisée, il
suffit de peser le tube e avant et après l’opération.
Run, À
(4) La durée de celle-ci dépend de la volatilité du liquide et a varié d’une minute à une heure, Voici les résultats que nous avons obtenus en opérant sur l’eau soumise à un courant d’air see :
TEMPÉRATURE : 200 TEMPÉRATURE : 270 Milfigrainines Litres d'air Milligrammes Litres d'air vaporisés écoulés vaporisés écoulés i par minute. par minute. par minute. 4,66 0,200 2,30 0,200 2,60 0,380 3,13 0,360 | 3,40 : i 0,510 5,15 0,525 620 | 122 Ed 1,280 iwo 1,95 10,70 2,00 TEMPÉRATURE : 370 TEMPÉRATURE : 41° 4,40 0,180 ; 8,50 0,180 1,20 0,360 45,00 0,380 ; 8,50 0,500 48,50 0,500 48,50 2,45 23,00 0,680 ; 34,00 1,84
j E Spa) is à i Cr i
TEMPÉRATURE : 67° Milligrammes Litres d'air | vaporisés écoulés
par minute par minute.
22,0 i 0,23
34,0 0,40
50,5 0,80
62,5 4,46
80,0 2,04
+
Remarque. — Les déterminations que l’on obtient en
communiquant au courant des vitesses plus considérables
ne présentent plus de garantie d’exactitude, par cela même que la surface d'évaporation se ride sous l'influence du
Courant d’air.
Influence de la vitesse du courant.
: ba En traçant des courbes ayant pour abcisses le nombre
de centilitres d’air qui passent par minute, et pour ordon-
nées le nombre de milligrarmes vaporisés (voir pl. I), on constate que la vitesse d’évaporation croît d’abord rapide- ment avec la vitesse du courant, puis cel accroissement
diminue de plus en plus.
Si nous réduisons toutes les valeurs que nous venons de consigner, et qui se traduisent par le tracé graphique
de læ planche Il, de manière à prendre égale à 100 la
(16) vitesse de vaporisation Correspondant au débit de deux litres, nous trouvons les valeurs suivantes :
Uarte Débit au courant gazeux en centilitres. | correspondant à : 200 150 100 50 | 67° 400 89 72 4T 47 100 EH 77 52 37 100 91 75 49 27 400 - 88 73 46 20 400 86 T4 51
Moyennes. . 100 89 T4 49 |
Cela étant, si l’on adopte ces valeurs moyennes, on trouve que les vitesses de vaporisation v sont proportion- nelles à la racine carrée de la vitesse V du courant gazeux.
C’est ainsi que l'on a :
v=719VV.
Voici les valeurs calculées et observées :
- Valeur de v Valeur de v Valeur de Y. é observée. calculée. | 0 0 0
50 49 50.8 100 74 74,9 150 89 80o 200 100 100,0
Influence de la température.
Voici le résultat que nous avons obtenu en comparant les poids de liquide vaporisé P à la tension de vapeur p.
(17)
96‘+08 8780‘0 +980% À 62600 | 00‘o8 | 8800 | 0o99 f cesoo | ooʻse | osLo'o | oome | 19 LO‘6L 6160 L6F'0 +0 | ogg À soco | sea | s810 | sest | #8r0-| 006 Lọ e99} CLEO T070 900 | Sest- | ero | OSgr 0 | 98 LLO | 07# LE LY' 96 989'0 690 8690 | 097 À 7690 | 078 990 | Org 18L'0 | oes LG 9ELI 0007 000} 000 | Oÿ'L 000F |. 09S 0o00 | 6gg 000 | 99% | 08 08 08 05 05
: où d Fo d 7 d ri d SaJAULT{[IUL ua 04 w op € 4 td əp d E € w. { é ¢ ‘ 4 f-o] d əp AT 005 00‘F 090 08‘0 Es sie ‘amu aed ‘amum med amuru ted ynu ged = SIN9[8A mt auuso . m
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aa #5 À Re S ES
3"° SÉRIE, TOME XXI.
A $ {
(18) A
Ces nombres nous permettent de conclure que, pour une vitesse de courant déterminée, la quantité de liquide vaporisé.est directement proportionnelle à la tension de la
a
vapeur.
Influence de la nature du liquide.
Voici les résultats que nous avons obtenus en opérant sur des liquides de natures différentes, et en comparant les poids de liquide vaporisé à la tension de vapeur et au poids À moléculaire. 4
i TEMPÉRATURE : 300 Nombre de litres d'air écoulés par minute : 0,50. SUBSTANCES. oriire ee a e oids : de milligrammes| m à Produit de vapeur | moléculaire évaporés Pro X M. i P20. xo par minute. i ad un a 3,4 47,36 48 312,5 Penim, + 58,0 . 15,65 73 5897 Chloroforme . . 478,0 460,47 419,5 49179 Acide acétique. . 41,0 48,9 60 4434 Alok oo : 23,2 4o | 46 ` 2024 Bromure d'éthyle. 423,0 387,0 108,8 42105 {| Sulfure de carbone. 245,0 298,0 76,0 22618 Eiter. 5,15 3900 433,0 74,0 32042
Il est facile de voir que les nombres de la deuxième et de la dernière colonne varient très sensiblement de la
RM PNR E
TT UE aa aa a E Sc à à LS RU et, SEF ne #
€ 19 ) même manière ; on peut donc conclure que, toutes choses étant égales, la quantité de liquide vaporisé varie comme le produit de la tension de vapeur par le poids molécu- laire.
Nous avons cependant constaté des exceptions : c’est ainsi que l'alcool méthylique nous fournit une quantité de liquide vaporisé égale à 59 milligr., alors que le produit de la tension de vapeur par ke poids moléculaire est égal à
28357 — 88,67 X 52,
soit une valeur deux fois trop faible. Il résulterait donc de
celle remarque que les molécules de cette substance, en s’échappant de la surface, seraient associées deux à deux.
Par contre, les acides formique et valérianique fournissent respectivement 4,5 milligr. et 0,33 milligr. valeurs qui sont
beaucoup trop faibles (1).
Influence de la nature du courant gazeux.
Nous nous sommes également proposé de rechercher
quelle est l'influence de la nature du courant gazeux; à cet effet, nous avons comparé les quantités de liquide vapo-
risé dans des courants Le d’anhydride carbonique et
t hydrogène.
ne dt es RSE
(4) Il est assez probable que toute la série des acides gras ne Satisfait pas à cette relation; cependant il est assez curieux de
- remarquer que l'acide acétique dont la densité de vapeur cst anomale
y satisfait. C'est là sans doute une circonstance fortuite, car d’une
Part il est probable que, comme les autres acides gras, elle fournirait
des résultats trop faibles si les molécules ne s'échappaient pas asso-
_ Cices entre elles en nombre plus ou moins considérable.
(20)
Voici les résultats que nous avons obtenus :
Courant æ& | Courant Litres de gaz | y i nhydride E d'hydrogène. | sarboni que, d'air, écoulés Milligrammes |Milligrammes | Milligrammes |f s par minute. | évaporés évaporés évaporés par minute, | par minute, | par minute. : 0,50 8,0 40,6 14 - Alcool éthylique à 20° . à 0,50 13,0 46,2 23,2 1 0,30 20,5 27,0 36 Alcool méthylique à 20°. . 0,50 33,5 42,0 59-
Si l’on compare ces nombres aux frottements intérieurs de ces gaz, qui sont respectivement pour l'hydrogène, l’anhy- dride carbonique et l’air représentés par les nombres 95, 163, 194, on constate que l’aptitude vaporisatrice du gaz est d’autant plus grande que son frottement intérieur est lui-même plus grand. En un mot, les choses se passent comme si le gaz, en venant lécher la surface d’un liquide, raclait celui-ci en emportant des molécules en nombre d'autant plus considérable que le frottement s’exerce d’une manière plus sensible, Comme me le faisait remarquer notre savant confrère M. Van der Mensbrugghe, le frotte- ment exercé par le vent à la surface des mers est capable de produire les effets les plus puissants, en déterminant non seulement la formation des vagues, mais en produisant encore des variations de niveau considérables, qui, à certains moments, mettent à nu de vastes étendues de territoire. Il n’est peut-être pas sans intérêt de remarquer que si notre planète était entourée d’une atmosphère
(21) d'hydrogène, tous les effets dont nous venons de parler seraient sensiblement réduits de moitié.
Nous avons encore tenu à constater que l'aptitude vapo- risatrice est plus grande pour l'air que pour l'hydrogène, en opérant sur des substances solides. A cet effet, nous avons introduit des fragments de camphre dans un tube en U, et nous avons soumis ceux-ci à un courant d'air, puis à un courant d'hydrogène.
En opérant à la température de 30°, nous avons trouvé les nombres suivants :
l 3 o
Courant hi i Courant d'air. Litres de gaz d'hydrogène. écoulés Milligrammes | Milligrammes par minute: évaporés de par minute. par minute. 0,40 9,8 : 14 0,60 44,7 : 20,5 0,80 19,8 26,5
Influence de la pression extérieure.
Nous avons enfin examiné quelle pouvait être l'influence de la pression extérieure sur la vitesse de l’évaporation. A cet effet, le tube capillaire qui règle le débit du gaz, au lieu d’être disposé à la sortie de l'appareil, est disposé en : a, de telle manière que la dépression observée au tube H, au lieu de se communiquer simplement au récipient B, se communique également à l’intérieur du tube renfermant
‘le liquide.
(22)
Afin de calculer le volume de gaz qui, dans ces con- ditions, vient dans un temps donné lécher la surface du liquide, il suffit de déterminer à l’aide de la cloche à gaz le volume écoulé sous la pression barométrique (plus 9 milligr. de mercure qui représentent la légère pression exercée par le poids de la cloche), puis de multiplier, d’après la loi de Mariotte, par le rapport existant entre cette pression et la pression qui règne à l’intérieur de l’appareil. Cette pression est obtenue en prenant la différence entre la pression barométrique et la hauteur du mercure dans le tube H.
Cela étant, on opérait successivement sous la pression normale et à basse pression, de plus, les tubes capillaires étaient réglés de telle manière, que le volume du gaz venant lécher la surface du liquide était le même dans les deux cas.
Voiei les résultats de ces observations :
Poids de liquide évaporé dans le même temps sous l’ yaaa: du passage du même volum
(4 litre par nes
Substances prises à 20°. m
Sous la pression | Sous la pression
770 millimètres. 459 millimètres.
na une à xt 1,00 AT
MON ee dun a 1,00 4,21 MS diva ce ; 4,00 4,25 Moyenne, . . . 4,2
Ces nombres nous permettent de conclure que la pres-
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(25 )
sion extérieure n’exerce qu’une influence très faible sur la vitesse d’évaporation ; en effet, nous voyons la quantité de liquide évaporé varier dans le rapport de 1 à 1,2, alors que la pression varie à peu près dans le rapport de À à 5. Tout nous porte même à croire que cette différence de vitesse d’évaporation est due à des circonstances acces- soires, et que l’on peut admettre à titre de loi-limite que la quantité de liquide vaporisé sous l'influence d’un courant gazeux ne dépend que de la vitesse de ce courant, mais est indépendante de sa pression.
Cette conclusion, contraire à ce qu’on avait pensé jusqu'à ce jour, semble être une conséquence naturelle de cet
autre fait, que l'aptitude vaporisatrice d’un courant dépend
essentiellement du frottement intérieur de ce gaz; or, on sait que le frottement intérieur est sensiblement indépen- dant de la pression, du moins dans les limites que nous
avons considérées. Nous verrons, du reste, dans la troi- ~ Sième partie de ce travail, que les observations faites dans
une atmosphère calme conduisent à la même conclusion.
Mais il importe, pour mettre ce fait en évidence, dans ces
Conditions, de prendre des précautions toutes spéciales. Cette croyance qu’un liquide s’évapore d'autant plus
rapidement qu'il est soumis à une pression plus basse, est
le résultat d'observations imparfaites; elle est probablement
Aussi la conséquence de l’idée incomplète que l’on se fait © priori du phénomène de l’ébullition. En effet, on est ~ tenté de croire qu’à la température d’ébullition l’évapora- _ lion se produit avec une vitesse très grande, qui n’est
subordonnée qu'à la quantité de chaleur que l’on commu-
-Dique à chaque instant au liquide, alors qu’en réalité rien = de semblable n’a lieu. A cette température, le poids de … liquide vaporisé est susceptible de s’accroître, par cela _ Seulement que la surface d’évaporation peut s’accroître
(24) indéfiniment et est représentée par la surface des bulles de vapeur au sein du liquide.
L'indépendance, au moins presque complète, qui existe entre la vitesse d’évaporation et la pression extérieure nous permet de tirer celte curieuse conclusion, que, toutes choses étant égales, l’évaporation ne se produit pas plus rapidement au sommet des montagnes les plus élevées; il en serait de même si notre globe était environné d’une atmosphère incomparablement moins dense; il est même probable que dans ces conditions l’évaporation serait dimi- nuée dans une vaste proportion. En effet, la vitesse des vents serait diminuée, car alors une variation déterminée de densité due à une variation de température ne commu- niquerait plus à lair une vitesse aussi grande, la masse d’air à mettre en mouvement ayant une densité plus faible,
tout en étant toujours soumise au même frottement inté-
rieur. En un mot, les courants aériens seraient moins rapides, pour la même raison qu’une plume abandonnée dans l'atmosphère tombe plus lentement qu’un corps de densité plus considérable.
Les observations de la planète Mars anir neoi cette manière de voir. Cette planète, comme on le sait, est envi- ronnée d’une atmosphère de faible densité; aussi est-il bien rare de voir les taches permanentes de cette planète voilées par des nuages, ainsi que me le faisait remarquer notre habile observateur, M. Terby. D’autre part, la planète Vénus, dont l’atmosphère est au contraire beaucoup plus dense que celle de notre globe, ainsi que le démontre l’étendue de son crépuscule, a sa surface tellement voilée, qu’il est bien diffi- cile de trouver un point de repère fixe, permettant d'estimer sa durée de rotation. On sait que ce n’est que tout derniè- rement que M. Schiaparelli est parvenu à découvrir un point blanc dont la stabilité semble être démontrée.
P, DE Heen, Bull. de l'Acad, roy. de Belgique, 3° sér., t. XXI, p. 24, 1891,
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P. De Heen, Bull. de l'Acad. roy, de Belgique, 3° sèr., t. XXI, p. 24, 1891.
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O 160 170 180 190 200 210 220 &
O 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 1 Centilitres.
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. (25)
Notes préliminaires sur l’organisation et le développement de différentes formes d’Anthozoaires ; par Paul Cerfon- taine, assistant à l’Institut zoologique de Liège.
Au mois de mai de cette année, sur l’avis favorable de la Classe des sciences de l’Académie, M. le Ministre de l'Intérieur et de l'Instruction publique a bien voulu me désigner pour aller occuper la table dont le Gouvernement belge dispose à l'Institut zoologique de M. le professeur Dohrn, à Naples.
Conformément au programme d’études soumis au Gou- vernement, et que j'ai rédigé sur les conseils de M. le pro- fesseur Éd. Van Beneden, je me suis exclusivement occupé pendant mon séjour à la Méditerranée (du 8 juin au 10 octobre) de l'étude du développement d'organismes se raltachant au groupe des Anthozoaires.
J'aurai l'honneur de communiquer successivement à la Classe, sous la forme de notes préliminaires, un exposé
- succinct des résultats de mes recherches.
Je pourrai ainsi, si l'Académie veut bien ordonner l'im- pression de ces notes, prendre date pour les quelques faits nouveaux que j'ai eu la bonne fortune de constater, en attendant la publication du mémoire dans lequel j'expo- serai en détails et avec planches la série de mes recherches.
(26)
Développement des douze premières cloisons chez le Cereactis aurantiaca.
Les mémorables travaux publiés en 1872 et 1873 par de Lataze-Duthiers, sur le développement des corailliaires, ont fait entrer l'étude de l’embryologie de ce groupe dans une nouvelle phase.
En se basant sur des observations faites chez Actinia mesembryanthemum, Bunodes gemmacea et Sagartia bel- lis, l’auteur démontre que, contrairement à ce que l’on admettait jusqu'alors, il ne se forme pas simultanément six cloisons primaires, puis, à mi-distance entre celles-ci, six cloisons de second ordre, mais que les douze premières cloisons se forment par paires successives apparaissant dans un ordre déterminé.
Plus récemment, l’étude du développement des cloisons a été reprise chez un assez grand nombre d'espèces par différents auteurs.
Ces études ont eu pour résultat de démontrer lexis- tence de plusieurs types évolutifs distinets, et on en est arrivé à établir dans le groupe des Actiniaires un certain nombre de tribus bien caractérisées.
Dans la tribu des Hexactinies, d’abord les données de de Lacaze-Duthiers ne concordent pas avec celles des frères Hertwig et de Wilson, quant à l’ordre d’apparition des paires successives, et ensuite, les frères Hertwig et, plus récemment, Boveri ont constaté que chez Adamsia dia- phana le développement des douze premières cloisons ne s’'accomplit pas sur le même type que chez les autres Hexactinies étudiées. [l n’était, par conséquent, pas sans
(27 ) intérêt d'étudier chez le plus grand nombre possible de formes le développement de ces cloisons.
Le Cereactis aurantiaca est une des plus jolies et une des plus grandes formes d’Actinies que l’on rencontre dans le golfe de Naples.
Au mois de mai, on trouve dans la cavité du corps une quantité de larves à différents états de développement, depuis le stade planula jusqu’à des stades relativement très avancés.
Des séries de coupes à travers une quantité de larves m'ont permis d'étudier l’ordre d’apparition des douze pre- mières cloisons et de démontrer d’une façon évidente, que les lois de leur développement sont identiques à celles éta- blies récemment par Wilson chez la Manicina areolata.
Chez de jeunes larves, nous ne trouvons qu’une paire de cloisons, divisant la cavité du corps en deux loges iné- gales. La seconde paire apparaît bientôt dans la plus grande loge primitive, et est suivie par une troisième paire dans la petite loge primitive.
La quatrième paire apparaît, contrairement aux données de de Lacaze-Duthiers, dans la loge délimitée par les cloi- sons de seconde formation et non pas entre celles de pre- mière et de seconde formation.
Au stade de huit cloisons succède une période de repos, et la plus grande partie des larves se trouvent à ce stade. .
La cinquième paire vient à se trouver entre la première et la troisième, et enfin la sixième entre la première et la seconde.
Les schémas 4 à 6 de la planche I nous montrent clai- rement comment les choses se passent.
Dans une prochaine note, je parlerai du développement des cloisons chez quelques autres formes d’Hexactiniaires.
( 28 )
H. — Développement des sarcoseples (1) chez l’Astroides calycularis.
Dans son second mémoire, de Lacaze-Duthiers s'occupe du développement de l’Astroïdes; ses données ne sont guère aussi complètes que celles qu’il nous avait fournies sur les Corailliaires sans polypier.
L'ordre d'apparition des douze premiers sarcoseptes ne pouvait se faire aussi facilement, à cause de la moindre transparence des larves d’Astroïdes.
a méthode des coupes sériées pouvait seule y suppléer, et c’est par là que je suis arrivé à compléter nos connais- sances sur le développement des sarcoseptes chez celte espèce.
Ce qu’il y a d’intéressant chez PAstroïdes, c’est que, pendant les mois de mai et de juin, on pent trouver les différents stades chez des larves d'âge différent, et dans les mois de juillet et d’août, en suivant la série des coupes transversales d’une même larve à douze sarcoseples, on peut voir encore nettement l’ordré d'apparition indiqué par le développement relatif des six paires de sarcoseptes. Les schémas 7 à 12 de la planche I nous représentent des coupes transversales d’une même larve en allant du pôle aboral vers le pôle oral.
Après que ces douze premiers sarcoseples se sont unis à œsophage par leur bord interne, nous voyons
(1) Chez les Hexactinies, le mot cloison ne peut donner lieu à confusion, parce que le squelette fait défaut. Ici le mot de sarco- septe convient mieux.
(29) apparaître quatre nouveaux couples (1), et, un peu plus tard, encore deux autres, ce qui porte à vingt-quatre le nombre de sarcoseptes, et le schéma 1 de la planche IH nous montre la disposition qu’ils prendront.
Ces vingt-quatre premiers sarcoseptes finissent par atteindre le même développement, et tous s’unissent à l’æsophage par leur bord interne,
Enfin, douze nouveaux couples se développent entre les douze premiers, et le nombre des sarcoseptes est porté à quarante-huit. Les vingt-quatre nouveaux sarco- . septes atteignent tous le développement, mais ne s'unissent jamais au tube œsophagien. On a maintenant la disposition réalisée chez l'adulte : quarante-huit sarcoseptes disposés en vingt-quatre couples constitués alternativement par des microseptes et des macroseptes, et deux couples de macro- septes répondant aux commissures buccales.
Le schéma 2 de la planche I nous représente cette dis- position, ’
- IH. — Développement des tentacules chez l’Astroïdes calycularis.
On a jusqu'ici peu de données précises sur le mode de développement des tentacules chez les Hexactiniaires. C’est encore à M. de Lacaze-Duthiers que revient l'hon-
(4) Ce mot couple a été employé par M. Éd. Van Beneden pour désigner un groupe de sarcoseptes adjacents, apparaissant simultané- ment, pour éviter la confusion avec les paires, ce mot paire étant réservé pour désigner deux sarcoseptes qui se correspondent à droite et à gauche de la médiane.
| ( 30 ) neur d’avoir démontré le premier, par ses observations chez lActinia mesembryanthemum, que les douze pre- miers tentacules se développent dans le même ordre que les loges mésentériques et, qu’à partir de ce stade, la multiplication ne se fait pas par cycles successifs apparais- sant dans les espaces intertentaculaires préexistants. En d’autres termes, que chez l’adulte la grandeur relative des tentacules. m'indique pas leur âge relatif; mais que, dans le cours de l’évolution d'un Hexactiniaire, s'accomplissent des substitutions successives, de telle façon que la cou- ronne formée chez l'adulte par les tentacules les plus petits doit êtré considérée comme la réunion d'éléments anciens et nouveaux de tous les âges. _ Cette loi des substitutions n’a pas encore été vérifiée chez les Hexacorailliaires. Cependant de Lacaze-Duthiers insiste sur l'intérêt qu’il y aurait à voir cette lacune com- blée chez les Corailliaires à polypier; « car on n'oublie pas, nous dit-il, que parler des tentacules, de leur posi- tion, de leur grandeur relative, etc., c'est, pour ainsi dire, parler des septa du calyce, auxquels ils correspondent. »
Grâce à l'intarissable obligeance de M. Salvatore Lo Bianco, j'ai eu, dès mon arrivée à Naples, un grand nombre de larves à ma disposition, et les conseils éclairés de M. le professeur von Koch, de Darmstadt, mont permis - d'arriver en peu de temps à obtenir des larves fixées sur les parois intérieures de bocaux en verre. Je dois adresser, à ces Messieurs, mes plus vifs remerciements.
Dès que les larves se sont fixées à mi-hauteur environ des bocaux, on peut remplir complètement ceux-ci et faire passer constamment un courant d'eau, sans crainte de voir les animaux se détacher. De cette façon, j'ai pu observer journellement, pendant près de quatre mois,
(51) toutes les transformations de ces jeunes Astroïdes, depuis le moment de la fixation jusqu’au stade où ils étaient pourvus de vingt-quatre tentacules bien développés.
Les douze premiers tentacules apparaissent par paires successives. Lorsque le nombre douze est’ atteint, les tentacules se disposent en deux cycles alternant de six tentacules chacun.
A partir de ce moment, les tentacules se forment par - couples à la façon de ce que nous venons de voir pour les sarcoseples.
Dans cette note préliminaire, pour être bref, je me con- tenterai encore de donner quelques schémas qui nous montreront, mieux qu’on ne pourrait l'exprimer en beau- coup de mots, l’ordre d'apparition et le mode de régula- risation des tentacules, depuis le stade 12 jusqu’à celui de 24. (Voir les figures 4 à 10 de la planche II.)
Le passage du nombre 24 au nombre 48 se fait d’après les mêmes lois, et, après régularisation, on aura la dispo- sition définitive réalisée chez l'adulte, c’est-à-dire quatre cycles alternants de 6, 6, 12 et 24 tentacules.
La loi des substitutions existe donc aussi chez les Hexacorailliaires, et je reviendrai plus tard sur limpor- tance du fait au point de vue du squelette; car je dira! encore avec de Lacaze-Duthiers :
« S'il y avait substitution des tentacules, c’est-à-dire des loges qui leur sont liées, il faudrait que le travail de production des septa sous-tentaculaires fût aussi soumis à la substitution, ou bien qu’il ne s’accomplit qu'après la régularisation des grandeurs des tentacules; ce qui ne manque pas d’être encore assez embarrassant pour expli- quer le passage dans le cycle du dernier ordre d’une série de six tentacules de première formation et, par consé- quent, des septa sous-jacents qui leur correspondent. »
(3)
IV. — Sur un nouveau Cerianthe du golfe de Naples, Cerianthus oligopodus (n. sp.)
J'aurais désiré vivement avoir, pendant mon séjour dans les laboratoires de Naples, l’occasion de faire quel- ques observations embryologiques sur des formes appar- tenant aux tribus des Cerianthides et des Zoanthines. En ce qui concerne ce dernier groupe, la question est aujour- dhui pleine d'intérêt, depuis que M. Éd. Van Beneden, dans son travail sur une larve voisine de la larve de Semper (1), a démontré la grande probabilité de l’indépen- dance du rameau des Zoanthines, contrairement à l'opi- nion de Boveri qui a soutenu, dans un récent travail, que les Zoanthines pouvaient être déduites du stade Edwarsie par l’intermédiaire des Hexactinies. :
Jai tenu constamment dans mes bassins de l’acquarium quelques colonies de Polythoa ; j'ai examiné, à différentes reprises, l’état des produits sexsuels; mais je n’ai malheu- reusement pas trouvé d'individus à maturité. Il est donc éminemment probable que la reproduction sexuelle des Polythoa n’a pas lieu pendant la période d'été, et, comme l'époque de maturité n’avait pas encore été constatée, je tiens à signaler ce fait, afin de prévenir les naturalistes qui voudraient s'occuper de ce sujet.
Les observations que lon possède sur les premiers stades du développement des Cerianthides sont également encore bien insuffisantes. Ici aussi, je regrette vivement de n’avoir pas trouvé d’animaux en voie de reproduction
(4) rchives de Biologie, t. X, fasc. 5.
(5) | me permettant de faire des recherches sur le développe- ment des premiers sarcoseples et des premiers tentacules, car M. le professeur Éd. Van Beneden avait particulière- ment attiré mon attention sur ce groupe.
Jai eu la bonne fortune de rencontrer une nouvelle espèce du genre Cerianthus, et je vais en donner, dès aujourd'hui, une description sommaire.
Dans une prochaine note, j'aurai l'honneur de faire connaître également une nouvelle forme de Cerianthide provenant de la ner Rouge.
Cerianthus oligopodus (n. sp.)
Cette espèce se rencontre en assez grande abondance près de la pointe du Pausilippe, vis-à-vis de la villa Vol- Picelli, et n’a encore été yours jusqu'ici dans aucun autre endroit.
Elle vit près de la côte, d’un !/, à 3 mètres de profon- deur, et, comme le Cerianthus membranaceus, elle habite des tubes membraneux enfoncés dans le sable,
Caractères de l'espèce. — Les animaux nouvellement apportés par les pêcheurs sont fortement contractés, leur surface est irrégulière etl ils mesurent de 15 à 25 milli- , mètres de longueur. La coloration générale est d’un jaune sale et l'extrémité antérieure est brune; ils sont recou- verts de mucosités et les tentacules sont accollés les uns aux autres en formant un court faisceau.
Quand on les conserve quelque temps dans l'eau de mer fraîche, ils ne tardent pas à s'épanouir. A l'état d'extension complète, ils mesurent jusqu'à $ centimètres de long, tandis que la largeur maxima n’est que de 8 milli- mètres.
57° SÉRIE, TOME XXI. 5
(34)
Le corps a donc la forme d'un cylindre très alfongét 3 en avant est une partie plus étroite, longue d'environ 45 millimètres, puis vient un léger rétrécissement, en arrière duquel le corps se renfle brusquement et atteint
sa largeur maxima; ensuite le cylindre va s’amincissant progressivement pour se terminer en arrière en pointe
plus ou moins obtuse.
La coloration a maintenant complètement changé;
l’animal est devenu d’un aspect opalescent, et sa transpa- rence est suffisante pour nous permettre de voir en partie l'organisation interne.
Le tiers antérieur présente encore une teinte jaunâtre, surtout accentuée au niveau et immédiatement en avant dé l’étranglement que je viens de signaler. Au niveau de l'insertion des tentacules marginaux et buccaux, la teinte est d’un brun violacé avec taches blanches.
Les tentacules marginaux donnent à l’animal un aspect très élégant ; tous retombent en arrière en décrivant des courbes analogues.
uand on examine dans un nn cristallisoir quelques individus bien épanouis, on est frappé de les voir se mou- voir tout d’une pièce et exécuter des mouvements de translation assez rapides, sans que l’on aperçoive la moin- dre contraction ; ces mouvements se produisent au moyen de cils vibratiles qui recouvrent tonte la surface du corps et des tentacules.
Un des caractères saillants de l'espèce nous est donné par le petit nombre des tentacules. Les tentacules margi- naux, de même que les tentacules buccaux, sont disposés sur une seule rangée.
Il y a quelques variations, de peu d'étendue cependant,
(55 ) dans le nombre de ces tentacules; voici le cas le plus général :
Les tentacules marginaux sont au nombre de dix-neuf. L'un d'eux est impair et médian, placé vis-à-vis d’un des angles de la bouche, qui a la forme d’un ovale très allongé. A droite et à gauche de ce tentacule médian se trouve une série de neuf tentacules, dont le neuvième est toujours plus petit que les huit autres, et le neuvième d’un côté l'emporte généralement en longueur sur son correspon- dant de l’autre côté.
Les tentacules buccaux, au nombre de seize (il s’agit encore ici du cas le plus général), forment à droite et à gauche de la médiane une série unique de huit tentacules. Il n’y a pas de tentacule buccal vis-à-vis du tentacule marginal impair ; il en existe un vis-à-vis de chacun des huit premiers tentacules marginaux, qui se trouvent à droite et à gauche du tentacule marginal médian.
Bref, nous pouvons représenter par le schéma 3 de la planche H la disposition typique des tentacules chez le Cerianthus oligopodus.
Les tentacules marginaux, à l'état d'extension, sont complètement hyalins et transparents; ils présentent cependant sur leur face interne des taches ovalaires allon- gées de coloration brune très claire.
Ces tentacules présentent aussi sur leur face interne des orifices en forme de boutonnières dirigées suivant l'axe des tentacules. La position de ces orifices est déterminée et leur nombre est en raison directe de la longueur des tentacules.
Les tentacules buccaux sont blancs sur leur face externe depuis la base jusque près du sommet; ils sont brun foncé, même noirs, sur leur face interne.
Cette coloration foncée caractérise aussi le dan
( 56 ) buccal qui a la forme d’un entonnoir un peu aplati dont le fond se continue avec l’œsophage.
L'œsophage, qui peut se voir par transparence quand l'animal est épanoui, s'étend depuis le disque buceal jusqu’à l’étranglement annulaire dont j'ai parlé plus haut; mais, du côté de la ligne médio-ventrale, il se prolonge en une étroite lanière jusqu’à 2 ou même 3 centimètres plus en arrière. Cette lanière est reliée dans toute sa lon- gueur à la paroi du corps par les cloisons qui délimitent la loge médio-ventrale.
A travers les téguments, toujours lorsque les animaux sont à létat d'extension, on distingue immédiatement quatre traînées longitudinales d’un blanc mat qui s’éten- dent parfois jusque près de l'extrémité postérieure. Les coupes nous apprennent que ce sont les cloisons fertiles. Ce sont quatre cloisons fortement développées et chargées de produits sexuels, mâles et femelles entremélés. Ces cloisons fertiles et hermaphrodites sont donc le plus sou- vent au nombre de quatre, deux à droite et deux à gauche de la ligne médiane.
A l'extrémité postérieure du corps est un orifice assez grand. Il se voit à la loupe, même à l'œil nu, et il est d’ailleurs très facile de le mettre en évidence : si Pon prend vivement sur une spatule un individu épanoui el qu'on le projette dans un réactif (liquide de Kleinen- berg, par exemple), l'animal se contracte énergiquement, et l’on verra sortir par l'orifice en question un jet liquide dans lequel sont en suspension des grumeaux constitués, au moins en parlie, par des éléments sexuels.
Ces quelques données suffisent amplement à caraclé- riser celte nouvelle espèce.
( 57 )
Andres (1), dans sa belle Monographie, décrit trois espèces du genre Cerianthus : Solitarius, Lloydii et Membranaceus, et encore, il pense que la seconde espèce est peut-être identique à la première. Tous les caractères que je viens d’énumérer nous montrent à l’évidence que la nouvelle espèce n’est pas à confondre avec aucune d'elles. Chez toutes trois, en admettant que ce soient trois espèces différentes, les tentacules sont en nombre consi- dérable (j'ai compté jusqu’à cent soixante tentacules marginaux chez le Cerianthus membranaceus), et disposés sur plusieurs rangées.
Ce ne peut être ni un Bathyanthus, ni un Saccanthus, et, parmi les Cerianthides douteux que nous trouvons renseignés dans la Monographie d’Angelo Andres, je ne pense pas qu’il soit possible d'identifier une seule forme avec le Cerianthus oligopodus.
Les espèces Borealis et Vogtii, décrites récemment par Danielssen, et une espèce de nos côtes étudiée par M. Éd. Van Beneden, et désignée sous le nom de Cerianthus ver- micularis, ne sont également pas à confondre avec l'espèce qui nous occupe.
Dans sa Monographie des Corailliaires de la mer Rouge, Klunzinger (2) figure un animal dont il n’a eu qu’un exemplaire sous la main, sur lequel il nous donne peu de renseignements et qu’il a désigné sous le nom de Paractis medusula.
Le dessin représente assez bien le Cerianthus oligo- podus à l’état de contraction. Andres pense qu'il s’agit
(4) Le Attinie. Fauna und Flora des Golfes von Neapel, 1884. (2) Korallthière des rothen Meeres, 1887.
(38 ) là d’un Cerianthide, et il lui donne le nom de Cerianthus medusula. ;
Il n’est pas impossible que l'animal que Klunzinger a eu entre les mains ne soit réellement un représentant de l’espèce dont je viens de donner les caractères; dans tous les cas, l'espèce est nouvelle pour le golfe de Naples, et, si un seul individu a été rencontré dans la mer Rouge, son état de conservation n’a pas permis d’en donner une description suflisante.
EXPLICATION DES PLANCHES.
PLancue Í.
Les figures 1, 2, 5, 4, 5, 6 se rapportent à la formation des douze sarcoseptes chez le Cereactis aurantiaca.
Fıc. 4. La première paire de cloisons existe seule. Elle subdivise la cavité du corps en deux loges inégales, une dorsale plus grande et une ventrale plus petite.
Fi. 2. Apparition de la seconde paire de cloisons.
Fic. 5. Trois paires de cloisons; les deux premières formées ont déjà des filaments mésentériques.
Fi6. 4. Stade à huit cloisons.
Fic. 5. Représente aussi le stade à huit cloisons ; la coupe passant près de l'extrémité inférieure de l’œsophage.
Les trois premières paires formées sont reliées à ce niveau au tube œsophagien, la quatrième présente encore un bord intérieur libre à ce niveau.
Fıc. 6. Les douze premiers sarcoseptes sont indiqués.
Les figures 7, 8, 9, 10, 41, 19, représentent schématiquement des coupes à travers une même larve d’Astroides, pourvue de douze eloisons ou sarcoseptes. Ces coupes vont du pôle aboral vers le pôle oral. Les douze premiers sarcoseptes existent partout, mais les
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17.
DZ 2° Sorce, Tone XV
( 39 )
filaments mésentériques apparaisseut successivement par paires, absolument dans le même ordre que les cloisons chez le Cereactis.
Fic. 7. Il existe une seule paire des filaments mésentériques, et elles se trouvent à cette paire de sarcoseptes qui divisent la cavité du corps en deux parties inégales, dont la dorsale plus grande ren- ferme sept loges, la ventrale plus petite, cinq loges.
Fic. 8. Deux paires de sarcoseptes portent des filaments mésenté- riques.
Fi. 9. Trois paires.
Fic. 10, Quatre paires.
Fic. 41. Les deux premières paires sont reliées à l’œsophage.
Fic. 12. Quatre paires sont reliées à l'œsophage, mais celle de quatrième formation n’y est pas encore complètement reliée à ce niveau.
PLancue II.
Frc. 4. Coupe schématique au niveau de l’œsophage d’un Astroïdes à vingt-quatre sarcoseptes,
1.4.4.4.4.4. Six couples primitifs.
2.9.2,2,9.2, Six couples secondaires dont 2'. et X’. se forment un peu plus tard.
Fic. 2. Coupe schématique d'un Astroïdes adulte, au niveau de l’œsophage.
Vingt-quatre sarcoseptes sont reliés au tube œsophagien.
Fig. 5. Disposition des tentacules chez le Cerianthus oligopodus.
T.M.I. Tentacule marginal impair.
Ficures 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10. Passage du nomhre douze de tenta- cules au nombre vingt-quatre chez l’Astroides calycularis.
Fic. 4. Stade à douze tentacules disposés en deux cycles.
Fıs. 40. Stade vingt-quatre en trois cycles.
Fic. 5, 6, 7, 8, 9. Stades intermédiaires montrant le mode de multiplication et la régularisation des grandeurs relatives d’après la loi des substitutions.
Liège, le 25 novembre 4890.
va
(40)
Notice cristallographique sur la monazite de Nil-Saint-
Vincent; par le D" A. Franck, préparateur à l’Université de Gand.
Le minéral le plus rare et le plus intéressant rencontré au gite, maintenant épuisé, de Nil-Saint-Vicent, est incon- testablement la monazite. M. Renard y a fait connaître la présence de cette espèce en petits cristaux nettement terminés, et il a donné une description sommaire des caractères physiques que nous rappelons ici.
« Les cristaux de monazite de cette localité mesurent à peine un millimètre; ils sont de forme tabulaire, leur éclat est vif, légèrement gras, leur couleur jaune d’ambre foncé, tirant sur le rouge. Ils sont nettement cristallisés et l’on peut, malgré leurs petites dimensions, distinguer à la loupe les formes cristallographiques suivantes :
+ P (1411); Pæ (011); oP (100). Cette face (100) est la `
plus développée. On entrevoit en outre œP (110), et — Pæ (101) (1). » L'auteur fit ressortir que la monazite de Nil est diffé-
renciée des cristaux de la même espèce trouvés en Russie
et qu’a décrits von Kokscharow, par le développement de la face Pc (100) et par ce que les faces du prisme sont
à peine visibles.
(4) Bull. de l'Académie roy. de Belgique, 3° série, tome H, n° 8, 4881.
=
(41)
Cette description des caractères physiques et la déter- mination des propriétés pyrognostiques ainsi que lana- lyse faite par M. Renard, et dans laquelle il a déterminé l’acide phosphorique, le cérium, le lantane, le didyme, ne laissent aucun doute quant à lexactitude de la spécifica- Lion de ces petits cristaux comme monazile.
La description cristallographique de la monazite de Nil- Saint-Vincent nous a paru intéressante à faire, et nous présentons à l’Académie le résultat des nouvelles mesures que nous avons prises et qui complètent, autant qu'il est possible, l'étude des faces cristallines de ce phosphate.
Nous avons dit tout à l’heure que le gisement de Nil est épuisé. Les petits cristaux de monazite de cette localité sont devenus rares; on les trouve dans les principales collections du pays; mais nous ne croyons pas trop nous avancer en disant que les plus remarquables d’entre eux sont entre les mains de M. De Meunynek, pharmacien à Antoing, qui a en l'extrême obligeance de les mettre à notre disposition pour l'étude qui va suivre.
Comme nous l'avons rappelé plus haut, ces cristaux de monazile, malgré leurs petites dimensions, sont très nets; voici comment on pourrait les décrire d’une manière générale. Les faces a, x et e (voir fig. 1) sont les plus fré- quentes; la première est très développée, c’est elle qui donne l'aspect tabulaire au cristal; elle est en outre légè- rement bombée ; il s'ensuit qu’au goniomètre on constate une série de reflets plus ou moins nets. La face v s'observe aussi assez fréquemment. Quant aux faces b, m, u et z, elles ne furent observées que sur deux spécimens; un de ces cristaux seulement donna des mesures utilisables
(42) pour le calcul cristallographique. Une face f, que nous croyons nouvelle, fut observée dans la zone b; e, b”.
Fie. 1.
Étant donnée leur petitesse, les faces n’offrent souvent au goniomètre que des reflets très faibles ou à contours peu distincts; de cette difficulté d'observation et des reflets multiples fournis par la face a, il résulte que toutes les mesures ne peuvent être utilisées pour le calcul cristallo- graphique. Dans le tableau suivant, on a désigné par æ les valeurs que l’on peut considérer comme bonnes; celles qui le sont moins par ĝ, et enfin des valeurs angulaires plus incertaines encore sont désignées par y.
Ce qui nous porte à distinguer ainsi, sous des désigna- tions différentes, les mesures, que nous considérons comme sûres et à publier même celles qui nous paraissent incer- taines, Cest que l’on peut mieux juger de la succession des faces dont l’ensemble constitue les zones de ces
cristaux, représentées dans la projection sphérique (fig. 2)
(45) que nous avons établie en supposant l'observateur placé à l'extrémité du rayon parallèle à l’arête a b.
a’ [Too)
Fig. 2. Zones, ts Indices. Angles mesurés. See observées, mesures.
bab a :m (400) (140) 430 24’ 30” æ
m: m (440) (410) 86 42 30 a
a:b (400) (040) 89 44 30 y axa a:x (400) (404) 497 14 30 B
a! : x 400) (04) 196 34 30 a
a’: x (400) (404) 82 50 30 8
a : a’ (400) (404) 53 20 30 a aea a:a (400) (344) s à a
(4)
Yaleur relative
Faces Zones. ER Indices. Angles mesurés. | to ae a’ a :v (400) (411) 61030’ 0” a a:e (100) (044) 19 49 30 a a : 2, (100) (344) 95 53 y a: 400) 15 61 4 30 B pa en (400). (041) 80 4 B z :v (341) (144) 34 28 a v se (144) (041) 39 ‘6 a PTA (311) (14) 35 8 30 y V'a: €" (114) (041) 38 29 a aea a :e’ (400) (041) 79 49 30 a a :v (400) (141) 118 37 30 a a :v (400) (441) 62 52 a':e, 400) (041) . 18 23 y ev (011) (441) 38 48 B viz A1) (34) 34 56 30 8 it (011) (444) 38 42 30 B (144) (400) 64 25 a
(4)
ti Yaleur relative
Zones. Indices. Angles mesurés. observées. incst res,
beb b:e (040) (044) 4To47 O” a
ene (044) (041) ' 83 47 30 a
ee (044) (%11) 96 32 B
e'i: e 014) (ot) | 83 28 B
e:e | (014) (14) 96 42 30 a
e :f (044) (042) 17 95 a
sir | oD «io 48 38 30 B
ef’ (014) (012) 47 44 B
b : u (040) (021) 29 22 B
e:u (044) (021) 48 55 (2 bab z:v ao) (441) 36 30 30 B
æ: t (101) (444) 36 34 a
vu: vi (441) (414) 13 36 a
v v AM) (111) 106 34 a
Si nous comparons les mesures æ des principales faces que nous venons de décrire, avec celles obtenues par différents cristallographes, nous pouvons dresser le tableau suivant :
r
Faces. Indices. Angles mesurés. Angles calculés, | a:m (400) : (440) 430 24! 30" 430 24! 30"
a:e (400) : (044) T9 49 30 79 50 nm (440) : (440) 86 42 30 86 43
a! :v (100) : (414) 61 30 61 38
a: x! (400) : (104) 196 34 30 1% 1
al: z (100) : (344) 27 2 2% 5
be (040) : (044) 4141 48 6 H b:m (010) : (140) 46 38 30 6 38 % |! | é: el (014) : (04) 83‘ 47 30 83 48 A 5e (041) : (44) 38 99 38. 38 | e:u (044) : (021) 48 55 418 8
re (021) : (010) 2% 2 # 8
e:f (044) : (012) AT 34 30 47 45
e:z (044) : (344) 73 34 73 18
‘+ (344) : (144) 34 28 34 46
viz GAN : A0) | 36 3+ 36 43
hiy (441) : (AA) 73 36 73 26
(1) von KOKSCHAROW, Monazit aus den Coldetfen des Kaufmanns Bakakin im südlichen Ural, im Lande der Orenburgischen Kosaken, in der Nähe des Flusses Samarka, Mém. de l'Acad, Imp. des sciences de Saint-Pétersbourg, VIIe série, tome IV, n° 3, 1864.
(2) vom RATH, Ein neues Vorkommen von Monazit am Laacher See. Ann. Pogg- V Band, 3 Stück, page 443.
(3) DES CLOIZEAUX, Turnerit du Mt Sorel dans le Dauphiné
(4) SCHARIZER, Der Monazit von Schuttenhofen. Zeitsch. f Krystallogr. und Mineral. XII Band, 4es Heft, page 955.
it LR | (47) | von Kokscharow (4). vom Rath (2). Des Cloizeaux (3). Scharizer (4). i 430 49 430 42 30 430 12 430 25' 00" 19 41 80 i 80 0 19 55 10 + 6.3 86 25 86 24 61 40 61 23 30 r E 61 37 40 426 45 196 34 496. 31 496 %1 k; 26 50. “ 48 9 48 7 30 48" 10 1 46 4 46 47 30 46 48 46 35 4 83 42 : 38 32 38 35 30 38 35 38 27 40 18 59 5 k 48 57 40 29 140 13 93 34 5 36 38 36 30 30 ; 36 30 36 42 10 73 16
En partant des angles e: a=79049 307 e:e=—834730" m : m’ = 8604230”
nous avons obtenu, pour le rapport des axes et la valeur de langle B, les nombres :
a: b: c= 0,9718 : 1 : 0,9233 B = 103042’,
Étant donnés les écarts que présentent le rapport des axes et de la valeur de B pour les cristaux de monazite - décrits jusqu'ici (4), les nombres que nous donnons peuvent être considérés comme concordants et compris dans la limite des variations constatées à cet égard. Nous trouvons, en effet, dans les différents auteurs, pour langle B; les valeurs
408°93". . . . vom Rath, 403 46. . . . von Kokscharow, 408 87% 10. SOariser,
. 403 6. : . . Des Cloizeaux,
et pour le rapport des axes :
0,9658 : 4: 0,9247. . . . vom Rath, 0,97108 : 1 : 0,9221. . . . von Kokscharow, 0,9735 : 4 : 0,9254, . . . Scharizer.
Pour compléter cette notice, il eût été intéressant d'étu- dier les propriétés optiques; malheureusement, il nous à
(4) Voir Scuarzer, Der Monazit von Schüttenhofen. Zeitschrift für Kryst. 1886, XII Band, p. 280.
( 49 ) été impossible de faire cette détermination par suite de l’opacité des cristaux.
Soumise au microscope, la monazite de Nil est parfai- tement transparente, de couleur jaune-citron, à faible polarisation chromatique et sans dichroïsme. Souvent on observe à l’intérieur du cristal une substance floconneuse brunâtre, qui dénote une altération plus ou moins pro- noncée.
Les mesures furent prises au goniomètre de Websky, n° 2 du catalogue de Fuess, donnant une approximation de 1), minute,
Laboratoire de minéralogie de l'Université de Gand, le 5 décembre 1890.
Mo. Bot. Garden, 1896.
3™° SÉRIE, TOME XXI. 4
( 50 )
CLASSE DES LETTRES.
Séance du 5 janvier 1891.
M. STECHER, directeur pour l’année 1890, occupe le fauteuil.
Sont présents : MM. G. Tiberghien, directeur pour 1891 : le baron Kervyn de Lettenhove, Alph. Wauters, P. Wil- lems, S. Bormans, Ch. Piot, Ch. Potvin, T.-J. Lamy, P. Henrard, L. Vanderkindere, Alex. Henne, le comte Goblet d’Alviella, membres; .Ad. Prins et A. Giron, cor- respondants.
M. J. Liagre, secrétaire perpétuel, étant absent pour cause de maladie, M. Goblet d’Alviella, le plus jeune des membres titulaires, remplit les fonctions de secrétaire.
SAED Re |
CORRESPONDANCE.
amame
La Classe apprend, sous l'impression du plus vif senti- ment de regret, la perte qu’elle vient de faire en la per- sonne de l’un de ses membres titulaires, M. Pierre De Decker, né à Zele (Flandre orientale) le 25 janvier 1812, et décédé à Schaerbeek le 4 du mois courant. ,
M. le directeur, après avoir rappelé la part prise aux
(51) travaux de la Classe par son doyen d'âge, fait savoir que le défunt a exprimé le désir qu’il ne soit prononcé aucun discours à ses funérailles.
Une lettre de condoléance sera écrite à sa famille.
Sur la motion de M. le baron Kervyn de Lettenhove, la séance sera levée, dès l'expédition des affaires courantes, afin de donner une marque d’estime et de sympathie à la mémoire de celui que la Classe s’est honorée de compter dans ses rangs depuis quarante-cinq ans.
— M. le Ministre de l’intérieur et de l'Instruction pu- blique envoie une ampliation de l'arrêté royal, en date du 6 décembre, nommant président de lAcadémie pour, 1891 M. G. Tiberghien, directeur de la Classe des lettres pendant ladite année.
— Le même Ministre envoie, pour la bibliothèque de l’Académie, les livraisons 3 et 4 du tome IV des Annales de la Société d'archéologie de Bruxelles. — Remerciements.
— Hommages d'ouvrages :
4° Adolphe Mathieu; notice biographique, 2° édition; par Alph. Wauters;
2 Louis Gallait; par A. Henne;
3° Les métiers de la ville de Huy: à propos d'un insigne de la corporation des merciers; par le baron de Chestret;
4 Recueil des inscriptions juridiques grecques ; 1° fas- cicule; par R. Dareste, associé ;
5° La conquête de Tunis en 1555; par Aug. Castan, associé;
6° De notre procédure criminelle à la fin de l’ancien régime; par J. Lameere;
7° Principes généraux du droit international public, tome l“; par Thomas de Saint-Georges d’Armstrong ;
LA
æ
(52)
8° Nederlands Congo-belang; par Joan Bohl;
9 A. The calendar plant of China; B. The onomastic similitary of Nai Hwang of China; par le D' A. Terrien de Lacouperie, présentés par M. de Harlez, avec une note qui figure ci-après ;
40° Un annuaire astronomique chaldéen, utilisé par Ptolémée; par J. Oppert, associé de la Classe ;
41° Introduction à l’histoire des institutions de la Bel- gique au moyen âge, jusqu’au traité de Verdun, 843 ; par Léon Vanderkindere. — Remerciements.
NOTE BIBLIOGRAPHIQUE. . `
J'ai l'honneur de présenter à la Classe des lettres deux opuscules de M. de Lacouperie, professeur à l’Université de Londres. Ces deux monographies appartiennent à une série d’études dans lesquelles le savant auteur a démontré que la civilisation chinoise n'était pas autogone et ne s'était pas développée sur les bords du Hoang-ho, mais qu’elle s’est formée en un pays limitrophe de l’Assyrie et de la Susiane, dont elle a subi largement l'influence.
En ces deux dernières parties, M. de Lacouperie étudie la croyance à l’arbre cosmique et la personnalité du grand empereur chinois, le légendaire Hoang-ti, qui semble avoir amené les tributs chinoises dans l'empire du Milieu. D’après les recherches de l’auteur, le nom de cet empereur serait emprunté à celui de plusieurs rois de la Susiane, tiré lui-même d’un nom divin. Il n’est pas nécessaire de faire ressortir l'importance des résultats de ces études.
C. DE HARLEZ.
(55)
ÉLECTIONS.
La Classe procède à l'élection de son directeur pour 1892. Les suffrages se portent sur M. Lamy.
M. Stecher, directeur sortant, remercie pour le con- cours si sympathique qu il a rencontré pendant la durée de son mandat. Il installe au fauteuil M. Tiberghien, lequel propose de voter des félicitations à M. Stecher pour la manière dont il a rempli ses fonctions. — Adopté.
M. Lamy, invité à prendre place au bureau, exprime ses remerciements.
— La Classe procède à l’élection du jury de sept membres, chargé de juger les travaux soumis pour les prix De Keyn à décerner cette année (VI° période, 1°" concours : Enseignement primaire, 1889-1890
Ont été élus : MM. Bormans, Candèze, Léon Fredericq, Roersch, Stecher, Wagener, Willems.
CLASSE DES BEAUX-ARTS.
Séance du 8 janvier 1891.
M. Jos. ScHanpe, directeur pour 1890, occupe le fau- ` teuil.
Sont présents : MM. H. Hymans, directeur pour 1891 ; C.-A. Fraikin, A. Balat, Ernest Slingeneyer, F.-A. Gevaert, Ad. Samuel, Ad. Pauli, God. Guffens, Th. Radoux, Peter Benoit, Joseph Jaquet, J. Demannez, P.-J. Clays, G. De Groot, G. Biot, Edm. Marchal, Th. Vinçotte, J. Stallaert, Henri Beyaert, J. Rousseau, Alex. Markelbach, Max. Rooses, membres; F. Laureys et J. Robie, correspon- dants. ;
M. Liagre, secrétaire perpétuel, étant absent pour cause de maladie, sur sa demande, M. Marchal remplit les fonc- tions de secrétaire.
i
CORRESPONDANCE.
La Classe des beaux-arts prend notification de la mort
4° De l’un de ses membres titulaires de la section de peinture, M. Alexandre Robert, né à Trazegnies le 97 février 1817, décédé à Saint-Josse-ten-Noode le 13 décembre 1890 ;
(55)
2 De lun de ses correspondants de la section de musique, M. Auguste Dupont, né à Ensival le 9 février 1827, décédé à Ixelles le 17 décembre 1890;
3° De l’un de ses associés de la section des sciences et des lettres dans leurs rapports avec les arts, M. Henry Schliemann, archéologue, né à New-Buckow (Mecklem- bourg) le 6 janvier 1822, décédé à Naples le 26 dé- cembre 1890.
Des lettres de condoléance seront adressées aux familles . des défunts.
Des remerciements sont votés à MM. Schadde et Gevaert, qui ont bien voula se faire l’organe de la Classe lors des funérailles de MM. Robert et Dupont.
Le discours de M. Schadde paraîtra au Bulletin.
— M. le Ministre de l’intérieur et de lPInstruction publique envoie :
1° Une ampliation de l'arrêté royal en date du 6 dé- cembre, nommant président de l’Académie pour 1891 M. G. Tiberghien, directeur de la Classe des lettres pen- dant la dite année;
2 Un exemplaire de l’œuvre de Grétry, X° livraison, intitulée : Les événements imprévus, Comédie en trois actes, éditée par les soins de la Commission académique pour les œuvres des grands musiciens dù pays. — Remer- ciements.
— Le même Ministre demande l’avis de la Classe :
1° Sur l'envoi réglementaire fait par M. Montald, lan- réat du grand concours de peinture de 1886;
2 Sur les modèles des bustes de feu Eugène Defacqz, par M. Vandenkerckhove-Saïbas; Éd. Ducpetiaux, par M. Pollard; et Ch. de Bériot, par M. Pickery, fils.
( 56 ) — M. Hoffmann, lauréat du dernier concours d’art appliqué de la Classe, envoie une reproduction photogra- phique de son projet de diplôme.
ÉLECTIONS.
La Classe procède aux élections pour les places vacantes. Sont élus, dans la section de peinture :
Membre titulaire, sauf approbation royale, M. Jean Robie, correspondant.
Associés : MM. Laurent Alma Tadema, peintre d’his- toire, à Londres, et Jules Lefebvre, peintre d'histoire, à Paris.
Section de musique :
Associé : M. le D" Franz Wüllner, directeur du Conser- vatoire de musique de Cologne.
— La Classe s'occupe de l'élection de son directeur pour l’année 1892. Les suffrages se portent sur M. Édouard Fétis.
M. Schadde, directeur sortant, remercie ses confrères pour le concours si sympathique qu'il a rencontré pendant Ja durée de son mandat. Il installe au fauteuil M. Hymans, lequel propose de voter des félicitations à M. Schadde pour la manière dont il a rempli ses fonctions. — Adopté.
M. Hymans regrette que l'absence de M. Fétis, pour motifs de santé, Pempêche d'inviter son éminent confrère à venir prendre place au bureau.
(57)
Discours prononcé aux funérailles de M. Alexandre Robert; par M. Schadde, directeur de la Classe pour 1890.
MESSIEURS,
A peine avons nous rendu un suprême hommage à l’un des membres les plus regrettés de notre compagnie, feu Charles Verlat, que nous voici de nouveau réunis dans les même pénibles circonstances, autour d’un confrère enlevé, hélas trop tôt, à l’estime, à l'amitié de nous tous.
Alexandre Robert, est né à Trazegnies (Hainaut) en 1817. 11 fit ses études à l’Académie de Bruxelles sous la direction de M. Navez, dont il fut un des plus brillants élèves, et alla se perfectionner en Italie, où il séjourna pendant trois ans.
Chacun de nous se souvient encore de l'impression pro- fonde produite, en 1845, par son tableau, Lucca Signorelli peignant le portrait de son fils mort, que l'État s'empressa d'acquérir pour son musée; chacun se rappelle aussi ces deux chefs d'œuvre : Charles-Quint au couvent de S'-Juste el le sac du couvent des Carmes à Anvers; et ce beau portrait de M. Van Soust de Borkenfelt, qui obtint un si grand succès à l'Exposition de Bruxelles en 1854, et
établit la grande réputation de Robert comme portraitiste. -
l) serait trop long d’énumérer les scènes de la vie monacale, les tableaux de genre, et les nombreux portraits que peignit l’'éminent confrère. Dans toutes ses œuvres, on retrouve les brillantes qualités qui lui valurent pendant toute sa carrière l'admiration du monde artiste, et les nombreuses distinctions qu’il se vit décerner.
x
DT 58 )
Alexandre Robert fut élu membre de la Classe des beaux-arts de l’Académie royale de Belgique, le 7 avril 1870, et cette distinction confirma la réputation que l'artiste s'était acquise depuis longtemps.
Dès son entrée dans notre compagnie, Robert prit une part active à tous les travaux; par son assiduité aux séances, il prouva l'importance qu'il attachait aux ques- tions d’art et d'enseignement; ses connaissances étendues en firent le professeur d'élite, dont ses collègues et les élèves de l’Académie de Bruxelles vous retraceront les mérites.
Au nom de la Classe des beaux-arts, j'adresse à notre sympathique et très regretté ami, un dernier a adieu cher Robert, adieu!
RAPPORTS.
Il est donné lecture, au nom de la section de sculpture,
de l'appréciation émise :
4° Sur le troisième rapport semestriel de M. Jules Lage, lauréat du grand concours de sculpture de 1888. (Rappor- teur : M. Marchal.)
% Sur les modèles des bustes de feu Édouard Ducpe- tiaux et de feu Eugène Defacqz, anciens membres de la Classe des lettres, exécutés par MM. Pollard et Van- denkerckhove-Saïbas, et de feu Charles de Bériot, ancien membre de la Classe des beaux-arts, exécuté par M. Pic- kery fils. (Même rapporteur.)
Ces appréciations seront transmises à M. le Ministre de l'Intérieur et de l’Instruction publique.
ss de
(59)
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
11
Une ville abandonnée. — Fragment d’un voyage dans PInde; par Jean Robie, membre de l’Académie.
Il est impossible d'établir un parallèle entre les villes mortes de l’ancienne [talie et les splendides cités aban- données de linde : Herculanum et Pompéi sont des villes exhumées ; elles furent ensevelies toutes vivantes durant le cataclysme mémorable dont leurs murs portent encore les traces. Situées au pied du Vésuve, elles semblaient devoir rester englouties sans retour sous ces immenses coulées de boue mêlée de cendres et de scories, qui chan- ‘gèrent totalement la surface du pays, comme pour effacer à jamais le souvenir de ces riantes cités. Mais les villes abandonnées de l’Inde, avec leurs richesses inouies, leur bel état de conservation, ne peuvent être comparées à celles de la Campanie parvenues définitivement à leur terme fatal. Rien, en effet, ne serait plus facile que de les
ranimer : le moindre Nabab, le moindre roitelet pourrait se donner le plaisir d'opérer ce miracle. Telles sont les villes d’'Amber, l’ancienne capitale des États de Doundhar, et de Futtehpore, où tout rappelle la magnificence de l'empereur Akber, le plus illustre des princes Mogols et le plus grand bâtisseur de l'Inde.
Bien qu'Amber, une des cités les plus merveilleuses de l'Inde, soit tombée pour ainsi dire en léthargie, dans tout
( 60 ) l’éclat de sa beauté, après quinze siècles de splendeur, rien n’est changé dans la disposition des lieux : ce sont tou- jours les mêmes vallons pittoresques, les mêmes construc- tions féeriques entourées de jardins mystérieux, s’étalant de toutes parts sur les versants embaumés des monts Kalikhô, c’est-à-dire les montagnes noires.
L'attrait qu’exerce sur l’imagination cette ville désormais sans échos est singulièrement puissant; elle a gardé par delà les siècles une apparence de vie, de jeunesse, comme si elle allait se réveiller de son long sommeil; car, si les hommes ont eu le triste courage de l’abandonner, la nature se plait à l’animer, à l’embellir, à tel point qu’on se demande si réellement tout est bien fini, si nous n’allons pas voir apparaître sur les terrasses ensoleillées un long cortège de Rajahs fastueux ou des théories de brahms et de baya- dères chantant les louanges de leur maître et seigneur; si, enfin, sur le seuil des pagodes lamées de métaux précieux, les adorateurs de Siva ne vont pas accomplir leurs terri- bles sacrifices.
Amber, l’ancienne capitale, est située au nord-est de Jeypore, dans le Rajpoutana, vaste contrée limitrophe des provinces de Penjab, du pays des Maharattes et de l'Inde centrale, dont la superficie équivaut à celle de la France. La beauté de son cadre verdoyant, la fraicheur de ses eaux courantes en firent de bonne heure la résidence de la noblesse du pays.
« Amber », dit le savant voyageur Rousselet, « fut fondée par les Minas, et par eux appelée Amba, ou la Mère universelle; devenue leur capitale, elle porta aussi le nom de Ghàt Rani ou Reine des défilés. C'était encore une ville très florissante lorsque Tedj Pàl Doala, en 967, s’en empara par trahison et en fit la capitale du nouveau
(61) royaume Catchwaha. Sa prospérité s’accrut avec la puis- sance de ses maîtres, et elle devint très rapidement une des premières villes de Rajastan.
» En 1580, le roi Maun Sing commença le palais actuel, et engloba dans les nouvelles constructions le donjon féodal des premiers rois. Vers 1630, le Mirza Rajah, Jey Sing 1°, y ajouta le Jesse Munder, le Dewan Khana et plusieurs autres palais, et renferma l’ensemble des édifices dans une enceinte fortifiée; ce fut ce rajah qui endigua le lac de Tal-Koutora et créa le merveilleux Jarre du - Band,
» En montant sur le trône, Jey Sing II — le célèbre astronome — mit la main à l’œuvre de ses prédécesseurs en élevant le magnifique portail qui porte son nom; mais la position inaccessible de sa capitale, le peu d'espace qu’elle donnait à ses modifications projetées et l’impossi- bilité qu’il reconnut d’y faire des ouvrages dignes de son nom le décidèrent à l’abandonner. »
Après l’exode de 1798, les descendants de Sowaé y revenaient par intervalles, en souvenir de la grandeur de leur race; puis, graduellement, le peuple se dispersa dans la plaine, et cette ville splendide, qui résume en quelque sorte le passé historique des Catchwahas, fut prise d’assaut par la faune de l’Inde qui, dès lors, s’est propagée à foison dans les jardins et dans les nombreux palais.
On s’expliquerait difficilement l’abandon de toutes ces richesses artistiques lentement amassées, si l’on ne savait que, de tout temps, les princes hindous et mahométans ont tenu à marquer leur règne par des édifices somptueux, destinés à perpétuer leur mémoire. C’est ainsi que le voya- geur peut déchiffrer sans peine les annales des guerres et des religions de tous les peuples qui envahirent successi-
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vement ces brillantes contrées. Ces édifices, disséminés de toutes parts, forment en quelque sorte autant de points de repère à l’aide desquels il peut suivre en même temps la marche de la civilisation depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours. Un seul exemple suffira pour donner une idée de l'intérêt que présentent ces constructions de toute espèce : parmi les ruines innombrables couvrant la plaine de Delhi sur un espace de 25 kilomètres de long sur 40 de large, se dresse une simple colonne, qui fut érigée, en l'an 317 de notre ère, en souvenir d’une victoire remportée par le roi Dhava sur les Bählicas. Au premier abord, cela n’offre rien d’extraordinaire; mais, en y regar- dant de près, on demeure stupéfait en constatant que- celte modeste colonne, avec son gracieux chapiteau, est en fer forgé d’un seul bloc mesurant 15 mètres d’élévation el pesant 8,500 kilos. Je suis persuadé que ce précieux jalon, planté depuis quinze siècles et demi, ferait encore très bonne figure à côté des produits de la métallurgie moderne dont nous sommes enclins à tirer vanité.
Nous venons de dire pourquoi le grand Sowaé, non moins ambitieux que l’empereur Akber,-prit le parti de transférer le siège de son gouvernement dans la plaine aride et sablonneuse qui s'étendait à 6 milles de l’aucienne capitale.
C’est malheureusement vers cette époque que la déca- dence de l’art rajpout se fit le plus vivement sentir ; habi- tués à tirer parti des moindres accidents de terrain pour faire valoir leurs édifices, les architectes se trouvèrent complètement désorientés dès qu’ils furent contraints de les aligner dans un pays plat; de sorte que le royal savant, en dépit de ses goûts artistiques, dut se contenter d’une ville régulière, saine, agréable, mais qui ne supporte pas
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la comparaison avec la Reine des défilés. Une avenue prin- cipale, large de 36 mètres, la divise dans toute son éten- due; d’autres rues de moindre importance traversent la première à angle droit; les entre-croisements sont à pans coupés et forment autant de places publiques. Pas de carrefours obscurs ni de cloaques comme dans les villes mahométanes ; l’air circule partout; les rues, bordées de trottoirs et plantées d’arbres, sont parfaitement éclairées ; les réverbères seuls rappellent les cités européennes.
Malgré son caractère moderne et la régularité de son plan d'ensemble, Jeypore ne manque pas d'originalité; des pagodes élevées sur des plates-formes de marbre blanc, un palais immense, entouré de murs crénelés, des habita- lions peintes à fresque, ainsi qu’un grand nombre de pavillons, de kiosques, rompent la monotonie des grandes lignes. A première vue, on devine que tout cela fut bâti à la hâte et peinturé de haut en bas comme pour rappeler, par un badigeonnage extravagant, les marbres incrustés, les bronzes et les émaux de l’ancienne capitale.
Les habitants de Jeypore abusent singulièrement de la couleur; ils n’épargnent pas même les animaux domes- tiques; ce qui ne peut être peint ou doré passe à la cuve du teinturier ; on y voit des poules bleues, des chats écar- Jates et des moutons verts, qui sont tentés de se manger mutuellement la laine sur le dos.
Les Rajpouts appartiennent à une belle race, fière et orgueilleuse ; ils affectionnent les armes de luxe, les étoffes aux couleurs voyantes, et vont jusqu'à se teindre la barbe en rouge ou en violet foncé, ce qui leur donne l'aspect terrifiant de ces pantins à ressort que l’on enferme dans les boîtes à surprise.
Jl était convenu qu’avant de quitter Jeypore pour conti-
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nuer notre voyage à travers les Rajpoutana, nous consa- crerions une journée à la ville d’Amber. Partie souvent remise, car les prétextes ne nous. manquaient pas pour prolonger notre séjour dans la nouvelle capitale, où nous avions eu la bonne fortune d'assister à une cérémonie fort intéressante : le couronnement du Maharajah, dont le prédécesseur Ram-Sing était passé fort à propos de vie à trépas, ce qui nous valut l'agrément de le voir remplacer sur le trône de ses ancêtres. Les artistes sont des gens féroces; ils tueraient un mandarin pour le plaisir d’assister à ses funérailles.
Enfin, un beau matin, à la pointe du jour, nous partons avec notre équipage ordinaire, flanqué de quelques hommes d’escorte, que le résident a bien voulu mettre à notre dis- position.
Tandis que nous traversons d’un bout à l’autre la ville encore endormie et silencieuse, les clochetons des temples découpent leur silhouette bizarre sur la clarté resplen- dissante de l’aube : on dirait un écran japonais avec paysage noir sur fond d’or. Aucun détail nalle part ; plus l’aurore s’enflamme, plus les fonds s’embrouillent el se renforcent avec ce charme de pénombre qui réveille la fantaisie et agrandit les masses : le tableau est ébauché, attendons.
Soudain une lueur fulgurante passe dans l’atmosphère ; les dômes de marbre s’empourprent, les fleurons dorés des clochetons s’illuminent comme des phares et font pâlir les dernières étoiles qui scintillent dans lazur imma- culé. Bientôt des flots de lumière chaude, ambrée, inondent les rues, les places publiques, s’éparpillent sur les terrasses, sous les verandas, et pénètrent brusquement dans l’inté- rieur des habitations. Sous ces latitudes enchanteresses,
(65 ) tout cela se fait avec la rapidité des changements de décor dans les pièces à grand spectacle.
Peu à peu la cité s'éveille, s'anime; les marchés se peuplent de campagnards conduisant leurs charrettes bariolées, attelées de buffles aux cornes peintes ou dorées, pendant que les vendeurs de clincaille et d'oripeaux étalent leur pacotille hétéroclite.
Mais, hélas! le charme est rompu; tout se dessine et papillotte en plein soleil; le tableau n'offre plus qu’un amalgame de couleurs discordantes, rappelant les images d'Épinal : tel est, en résumé, l'aspect de la ville moderne ; nous verrons bientôt si, en abandonnant le berceau de leurs aïeux, les rois de Jeypore ont gagné au change.
Les deux côtés de la voie carrossable reliant Jeypore à l’ancienne” capitale sont magnifiquement ombragés, de vastes plantations d’orangers, de magnolias et de man- guiers se développent de toutes parts dans la clarté res- plendissante du matin.
Insensiblement le bruit de la ville silüet; on n'entend plus que le chant monotone des cigales allant crescendo à mesure que le soleil s'élève.
Devant nous la vallée d’Amba, bornée par les monts Kalikhô; hérissés de forts et de murs crénelés, forme une sorte de cuve ovale dont les bords s'abaissent dans la direction de Jeypore : paysage plantureux et mouvementé, dont les grandes lignes me rappellent la Conque d’or en Sicile.
A mesure que l’on s'approche d’Amber, le terrain s'élève graduellement sur un parcours de 5 ou 6 kilomètres; puis, tout à coup, notre carrosse de voyage s'arrête devant une montée trop raide pour les chevaux qui, d’ailleurs, ne supportent pas la vue des animaux sauvages, très ja dus dans cette contrée déserte.
3° SÉRIE, TOME XXI. 5
(66) | Nous mettons pied à terre; dix minutes d'attente : le temps de remiser la voiture et de faire avancer un autre
- véhicule, une espèce d'omnibus mis à notre disposition
pour le reste de la journée. Cet omnibus est un vieil éléphant, véritable colosse plus ou moins détraqué, mais bâti sur chantier : pas de danger qu’il chavire.
Sur un signe du mahout, l'animal se met à genoux : c’est le moment critique. A l’aide d’une échelle appliquée
. contre les flancs rebondis de la bête, nous nous installons
dans l’haodah, formant en quelque sorte le pont de cette ` espèce de barque. Soudain, en deux temps et deux mou- vements saccadés, le géant se relève, et toute la machine
_se met en branle avec une série de roulis et de tangages
capables de troubler l'estomac d’un vieux loup de mer. — Jai gardé un souvenir ineffaçable de nos excursions dans les forêts vierges, et je tiens à déclarer que ces bonnes bêtes n’ont pas toujours une allure aussi Cas- sante, et, qu'en somme, rien ne vaut le voyage à dos d’éléphant. — Après une heure de marche ou, pour mieux dire, de navigation au milieu d’un océan de verdure, nous atteignons le point culminant de la route, À ce moment, une bordée d’exclamations part de notre esquif; nous sommes en présence du spectacle le plus étonnant qu'il soit possible d'imaginer.
Au loin, vers le nord-est, la vallée semble barrée par un groupe de montagnes sombres, abruptes, tandis qu'à gauche s’étale un lac paisible et miroitant, bordé à l’ouest par une longue suite de kiosques et de pagodes aux clo- chetons dentelés, dont l’image tremblotante se reflète dans les eaux bleues.
Une ruine grandiose et mystérieuse, l’ancienne résidence insulaire des rois, occupe le centre du lac. Çà et là, à travers nn amoncellement de colonnades à moitié englou-
~
=
(67) ties, de salles aux voûtes effondrées et béantes, on dis- tingue vaguement des êtres étranges, se mouvant parmi les plantes aquatiques qui s’épanouissent dans le clair obseur.
L'ensemble de ce tableau a quelque chose de surpre- nant et d’insaisissable ; ces édifices ébréchés, criblés de soleil, ces pans de murs hors d'aplomb, couverts de fresques pâlies émergeant des eaux, présentent l’aspect d’un mirage prestigieux qui vous attire et vous fascine par son indicible sérénité.
Un voyageur arrivant par mer Fr les îles vénitiennes pourrait ressentir une impression analogue. Mais ici, point de barques ni de gondoles, car aucun être humain n'ha- bitera désormais ces palais inondés.
Sous ces enfilades de colonnes, sous ces portiques de marbres incrustés, sur le seuil de ces kiosques parés d’or. et d’émaux, des alligators ventrus, semblables à des sphinx de bronze, montrent leur gueule formidable et gardent les mystères de ces lieux enchantés. Ces gros cuirassés font la police du lac et vous ôtent l’envie d'aller cueillir la fleur du lotus; ces monstrueux animaux, d'ordinaire si défiants, se montrent ici pleins d'audace; la chasse étant prohibée aux alentours d’Amber, au moindre mouvement on les voit s'élancer, avec fureur, vers les rives fleuries, bouscu- Jant les nénuphars ét foulant de leur masse gluante les hautes herbes empanachées. Des quantités d'oiseaux ani- ment le lac et semblént se jouer de ces horribles sauriens qui, en dépit de léur voracité, se tiennent prudemment à distance de notre éléphant. Et sur les berges, sur les cons- tructions branlantes, les pélicans gorgés se prélassent avec des airs de vieux pachas; les flamants roses, les grues anti- gones au plumages soyeux ornent les clochetons et le pourtour des dômes comme autant de fleurons diaprés. De
( 68 )
temps à autre, comme si elle obéissait à une impulsion secrète, toute cette population multicolore s'agite, se dis- perse on se rassemble en un tourbillon irisé voilant le ciel d'azur. Puis, de longues bandes de sarcelles fendent l’espace à fleur d'eau, et, comme des bordées de fusées, s’abattent tont à coup sur la napp chiffonnée qui rejaillit en perles étincelantes.
C'est le domaine de la nature, et nul ne vient troubler Pharmonie de cet Éden en fête, où les tourterelles et les éperviers suspendent leurs nids dans le même palais, dans la même pagode enguirlandée de lianes bercées par la brise; où partout la sève afflue avec une abondance pro- digieuse au milieu des eaux tièdes, sous les fourrés impé- nétrables, et fait resplendir la flore la plus ravissante et la plus délicate.
A l’extrémité du lac, la chaussée forme un angle droit et monte en serpentant vers la cité endormie. De belles constructions, ornées de clochetons sculptés, sont étagées à gauche et à droite sur des terrasses couvertes de jasmins, de mimosas et de grenadiers en fleurs.
Paisiblement groupés sur le seuil des maisons, quelques habitants semblent faire la sieste après leur premier repas, dont les débris sont éparpillés autour d’eux. A voir leurs longs bras maigres et leurs barbes blanches, on les pren- drait pour de bons vieillards se dorlotant au soleil. Hs portent toutefois très allègrement le poids des années, car, à l'approche de notre gigantesque monture, quelques-uns d'entre eux, soil par crainte, soit par curiosité, sautent sur le toit de leur demeure avec Pagilité qui distingue leur race : ce sont des langours, les plus grands singes de l’Inde.
Une porte massive donne accès dans la première enceinte d'Amber; les murs crénelés, tout couverts de plantes parasites, forment d'immenses espaliers naturels
( 69 ) chargés de fleurs, dont les émanations se répandent aux alentours.
La route devient de plus en plus escarpée, mais notre intelligent pachyderme se tire d'embarras en la gravissant en zigzag, de façon à atténuer la raideur de la pente. Enfin, un quart d'heure après, par un soleil dévorant, nous mettons pied à terre.
Le point où nous sommes domine un panorama très accidenté, dont la partie nord-est s’estompe dans une brume diaphane et tremblotante. Autour de nous la ville mysté- rieuse, baignée de lumière, se développe mollement sur les coteaux et dévale au milieu d’un fouillis de verdure sombre, mordorée, qui fait ressortir le ton nacré des édi- fices; pas un pli de terrain qui ne recèle des chefs-d’œuvre d'architecture! pas un monticule qui ne supporte des palais couverts d’incrustations et de mosaïques, dont les couleurs suaves et fondues rappellent les anciennes faïences persanes!
Des pagodes ornées de gracieux clochetons rehaussés d'or se cachent dans les massifs de grenadiers, d’orangers el de citronniers sauvages; partout, au milieu des jardins, des kiosques entourés de balustrades découpées en den- telles se mirent dans les bassins bordés de marbre blanc, fin comme l'ivoire. Tout cela, dans ses moindres détails de couleur et d’ornementation, dénote les brillantes apti- tudes de cette vieille race indo-aryenne qui cultivait les arts et les lettres dans l’école d’Indra, la capitale légen- daire de son empire, alors que l'Europe centrale était plongée dans les ténèbres du préhistorique.
Le silence de l'oubli pèse sur ces magnificences, dissé- minées de toutes parts comme des tombes sans nom au milieu de ce vaste amphithéâtre, unique au monde. Vues ainsi, sous le ciel triomphant, ces splendeurs délaissées
3"° SÉRIE, TOME XXI. D:
C79) exhalent une poésie touchante et mélancolique, qui laisse l'impression de la fragilité des choses humaines en face de l'éternelle et imperturbable nature. Que de labeur perdu! Que de trésors livrés en proie à la végétation corrodante, destructive! Peu i pen, comme des reptiles piénnlesques,
leslianes, toutes À „enlace nt dela repl 2
les colonnades de jaspe, de porphyrė, qui se disjoignent et fléchissent sur leur base, tandis que les fougères, les lyco- podes, non moins absorbants, envahissent les plafonds, les voussures, dont les gracieuses arabesques s’écaillent et tombent en poussière.
Quelques-uns des plus beaux édifices sont bàtis, fort heureusement, sur des plates-formes de marbre où la végétation ne trouve pas d’aliment; ceux-là peuvent défier
é CE . qe, 7 pe ` les siècles par la solidité de leurs matériaux et par l'agen-
cement merveilleux de leurs incrustations en pierres dures, polies, sur lesquelles la patine du temps a laissé son harmonieuse empreinte.
De même que dans la vallée, les abords des monuments sont peuplés d’une multitude d'oiseaux de toute espèce, tourterelles, colombes et vautours qui, à notre approche, sé dispersent par bandes innombrables dans les jardins et sous les portiques ombreux, où les paons et les perruches tennent leurs brillantes assemblées.
| La nature y est chez elle, et rien n’est plus séduisant que d'assister aux ébats de la faune indienne, si brillante, si variée, au milieu de ce paradis terrestre où chaque espèce vit en famille, obéit à ses instincts et se multiplie à l'infini. Malheureusement, la plupart de ces animaux, pleins de familiarité avec les indigènes, se montrent excessivement farouches vis-à-vis des Européens.
Les singes, eux — les maîtres actuels de la ville, — ne cèdent jamais le terrain sans protester, et parviennent à
(71) traduire leur aversion au moyen d’une pantomime des si drolatiques, mais très saisissante par son caractère vrai- ment humain.
ll suffit de l'apparition d’un étranger coiffé d'un cha- peau, pour que la tribu soit en effervescence; l'alerte est donnée de proche en proche avec la rapidité du télé- phone, et de toutes parts s'élève une rumeur effroyable, faite de cris, de grincements de dents et d’injures. Les sentinelles, archoutées sur leurs longs bras, occupent les murs crénelés des jardins et font de grands mouvements d'épaules comme des orateurs furibonds; elles semblent vouloir s'élancer sur les intrus, tandis que les guenons tout effarées transportent leurs petits sur le faîte des toi- tures, d’où elles excitent leurs maris à la résistance par une mimique singulièrement expressive. Quoi qu’il en soit, il est prudent de ne point les brusquer. Voyant sans doute que nous ne sommes pas armés, quelques vieux barbons, impassibles, appartenant à la classe dirigeante, nous examinent du coin de l’œil et semblent dire à la foule ameutée : Calmez-vous ! mes amis, ces barbares n’ont pas lair méchant...
Au début de cette excursion, le hasard nous conduisit devant le palais de Sowaé, l’un des plus beaux et des mieux conservés parmi les monuments d’Amber; on ne peut.se faire une idée de la profusion de dorures, de mosaïques et d’incrustations dont il est littéralement chargé. Les ogives et les fenêtres de l’étage sont closes au moyen d'immenses dalles de marbre, découpées en dessins géométriques simulant des dentelles à fond de réseau d’une délicatesse inouie; deux tourelles en avant-corps, ou, pour mieux dire, des échanguettes, s'élèvent de chaque côté de la façade, qui se termine par une sorte de corniche très saillante, faite en dalles de grès rouge portées sur
(22) des consoles, et fortement inelinées, de manière à laisser voir la silhouette de la toiture ornée d’émaux bleu et or.
Les architectes rajpouts attachent une grande impor- tance aux parties supérieures de leurs édifices, qui, d’après leur système, doivent servir, non seulement à relier les grandes lignes architecturales au moyen de courbes élégantes, formant de larges saillies, sur lesquelles le jour tombe d’aplomb, mais encore à relever, à souligner le profil de la construction, soit par des contrastes de tons solides, soit par des oppositions d'ombre et de lumière fortement accusées.
Il semble que les beaux marbres de Jeypore et le cadre merveilleux d’Amber aient inspiré les auteurs de „ces travaux, Car, nulle part, les architectes hindous n'ont accompli de semblables prodiges de goùt et d'habileté.
Le palais se compose de plusieurs corps de bâtiment reliés les uns aux autres, et fermant les trois côtés d’une grande terrasse dallée de marbre blane. L'ensemble de ce superbe édifice occupe une surface bâtie de plus de deux hectares. ;
Sur le plateau, vers l'entrée, s'élève le Dewan Khanas, la salle des Durbars, une des plus belles salles hypostyles de l'Inde. Enfin, sur une élévation se reliant au château par un jardin plein d'ombre, on remarque le Zenana Royal, c’est-à-dire le harem, peuplé, hélas ! d’une légion de singes.
Citons encore, parmi les édifices religieux, une impo- sante mosquée de l’époque de Sowaé et un grand nombre de pagodes hindoues, mystérieusement blotties dans un fouillis de verdure.
Ajoutez à ces innombrables richesses une quantité d'habitations princières, ornées comme des châsses byzan- tines, dont la décoration intérieure se compose d'ara-
(75)
besques émaillées, rehaussées d’or, d'argent, de pierres fines, et vous comprendrez quelle dut être notre surprise en présence de ces merveilles de l’art restées intactes au milieu de cette contrée solitaire. En temps de paix, le vandalisme est inconnu dans l’Inde. Chose étrange, aux yeux de ces populations fanatiques, idolâtres, divisées par une infinité de croyances, par une foule de préjugés indé- racinables, toute œuvre d’art, sans distinction, inspire le respect ! que ce soit la tombe d’un ennemi, une mos- quée ou une pagode ornée de sculptures érotiques, peu importe : cela devient un lieu religieux que nul ne songe à profaner...
Quant aux bazars el hblscétiéot publics situés à l'extrémité de la ville, on en trouve à peine les traces; ces lieux, si vivants jadis, sont ensevelis pour jamais sous une avalanche de lianes et d'arbustes embroussaillés, impéné- trables au soleil : c’est le séjour des serpents, à ce qu'il paraît; inutile d’aller s’en assurer.
Huit jours suffiraient à peine pour se rendre compte de l’ensemble des monuments éparpillés dans la vallée et sur le versant des montagnes; mais notre départ est fixé au lendemain; nous avons dû nous borner à parcourir à la hâte les principaux édifices : j'en ai gardé un véri- table remords de conscience. Aujourd’hui encore, en lisant ces notes, il me prend une envie folle de retourner à Amber pour m'assurer que je ne fus pas le jouet d’un songe !
a
(74 )
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Waessane. Nassauischer Verein für Naturkunde. — Jahr- bücher, 4890. In-8°.
TABLE DES MATIÈRES.
CLASSE DES SCIENCES. — Séance du 10 janvier 1891. CORRESPONDANCE. — Arrêtés royaux nommant M. Tiberghien président de l’Académie et M. Le Paige membre titulaire, — Remerciements des nouveaux élus. — Billets cachetés, par MM. Schumann et Flamache. — 70e anniversaire de Rudolf Virchow. — Ouvrages offerts. — MM. E. La- grange et Hoho remis en possession de leur us sur un phénomène lumineux accompagnant l’électrolyse.— Travaux manuscrits à l'examen. Rapports. — Rapport de MM. Ed. Van Beneden et Van rs sur un travail de M. P. Cerfontaine concernant les Anthozoaire . 4 Rapports de MM. de la Vallée Poussin et Renard sur une nice é M. A. Franck concernant la Monazite de Nil-Saint-Vincent . - . . : 8 y ÉLECTION. — M. Folie est élu directeur pour 1892 . . . D COMMUNICATIONS ET LECTURES. — Recherches sur la vitesse CERES ion 2 des liquides pris au-dessous de la température ébullition ( première a partie); par P. De Heen . . . u 4 Sur Foires et le développement des différentes formes dAntho- Ol a s; par Paul Cerfontaine . kod F Notice ic traque sur la nent de Ii Saint-Vincent; pa le a o O A. Franck. E
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: CLASSE DES LETTRES. — nr der T Cor RRESPONDANCE. = — Mort de M. P. De Decker. — Arrêté royal nommant . M Tiberghien président de l'Académie. — Ouvrages offerts. . . + f China; B. The onomastic simi imili- -tary of Nai Hw, ng of China (D A. Terrien de.la. Dr Ch. De Do" nus ; : Fe |Éveeo. - x. Lamy est étu directeur pour 1892. pos . n
ACADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE.
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BULLETIN DE | D'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES,
| LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE.
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DISCOURS
PRONONCÉS AUX FUNÉRAILLES JEAN-BAPTISTE-JOSEPH LIAGRE
NÉ A TOURNAI LE 18 FÉVRIER 1815, DÉCÉDÉ A IXELLES LE 13 JANVIER 1891 (1)
Discours prononcé, au nom des trois Classes; par M. G. Tiberghien, président de Académie.
MESSIEURS,
Au nom des trois Classes de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts, je viens rendre un suprême hommage à l’un de ceux qui ont le plus illustré ce corps savant et glorifié la Belgique, par l'élévation de la pensée, par la noblesse du caractère, par la valeur et la continuité des services rendus. Que ma parole dans ce
(1) L'inhumation a eu lieu le 46 janvier, dans le caveau de famille, au cimetière d’Ixelles. 9"*° SÉRIE, TOME XXI. 6
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cruel désastre soit à la fois un témoignage de reconnais- sance et d’admiration!
Jean-Baptiste Liagre naquit à Tournai le 18 février 1815. Après d'excellentes études il vit s'ouvrir devant lui une brillante carrière, consacrée en partie à l’armée et à l'École militaire, en partie à la science et à l’Académie. Mais, dans chacune de ces phases, la science fut l’objet principal de ses préoccupations. L’officier du génie devint successive- ment professeur, examinateur permanent, directeur des études, commandant de l’École militaire.
D'autres se seraient arrêtés à ce poste, fiers d’être arri- vés au premier rang. Mais Liagre pouvait donner plus à la patrie. Le savant et le soldat chez lui n’absorbaient pas le citoyen. Son parti fit appel à son dévouement et lui offrit une lourde charge dans un cabinet libéral. Liagre fut nommé Ministre de la guerre et déploya dans ces fonctions ses hautes qualités administratives. Le Roi le récompensa de son attachement à l’armée et au pays en lui conférant libéralement les dignités civiles et militaires. Liagre reçut des promotions graduelles et parvint au rang de grand- officier de l'Ordre de Léopold et de lieutenant général. = La carrière militaire de notre éminent confrère est ter- minée. Liagre a gravi toute l’échelle des honneurs, sans jamais être inférieur à sa tâche.
Sa carrière académique et scientifique va ainoina suivre la même voie. Liagre fut élu correspondant de la Classe des sciences le 15 décembre 1850, membre titulaire le 15 décembre 1853, directeur de la Classe et président de l’Académié en 1861, secrétaire perpétuel, après la mort de Quetelet, le 5 mai 1874. Il appartenait à ce titre aux
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trois Classes de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts. Il a donc rempli toutes les fonctions qu’on peut occuper à l’Académie. On peut dire justement qu’il était l'âme de ce corps savant, car lui seul en connais- sait à fond les traditions et les règlements. En réalité, c’est lui qui l’administrait et le gouvernait par son auto- rité morale. Il en faisait partie depuis quarante ans el assistait comme secrétaire à toutes les séances depuis dix- sept ans. La perte d’un tel homme est une calamité pour la république des lettres et même un deuil publie, s’il est vrai que l’Académie est l’organe central de tout le mouve- ment intellectuel du pays, comme le disait M. Stas, le premier jour de l’an, dans son discours au Roi.
Malgré ces occupations multiples, Liagre était encore président de la Commission centrale de statistique, et là encore il trouva l’occasion de manifester son rare talent d’observateur, de généralisateur et d’organisateur.
Les publications de Liagre sont importantes et nom- breuses. Elles embrassent une longue série de travaux insérés dans les Mémoires, dans les Bulletins, dans lAn- nuaire de l'Académie, et d'ouvrages scientifiques publiés sans le concours de la Compagnie. Elles ont rapport aux mathématiques, à l'astronomie, à la géographie, à la phy- sique et même aux institutions de prévoyance et aux assu- rances sur la vie. Elles renferment aussi quelques œuvres littéraires, écrites avec élégance, avec bon goût, quelque- fois avec éloquence. Telles sont les notices nécrologiques consacrées à Brasseur, au général Nerenburger, au colonel Adan, et surtout à Houzeau, un ami intime de Liagre et un esprit de la même trempe.
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Parmi les œuvres mathématiques et scientifiques les plus accessibles anx esprits cultivés, qui ne sont pas des spécialistes, on peut citer les éléments de géométrie et de topographie, le calcul des probabilités et la théorie des erreurs, les études sur les mouvements propres du soleil et des étoiles, sur la vitesse de la lumière, son aberration et son absorption, le discours sur la pluralité des mondes, le discours sur la structure de l’univers, enfin la cosmo- graphie stellaire, une des dernières, des plus belles et des plus vastes productions du savant écrivain.
Je n’entreprendrai pas d'apprécier ces divers travaux. Je laisse volontiers ce soin au colonel De Tilly, membre de la Classe des sciences, qui pourra juger les publications scientifiques de notre confrère avec une entière compé- tence. Je dois me borner à présenter quelques considéra- tions générales sur le mérite et sur les tendances de notre regretté secrétaire perpétuel.
Liagre était un esprit élite qui avait pour marque distinctive l'élévation, l’étendue et la sagacité de la pensée, la délicatesse et la loyauté du sentiment, la fermeté et la droiture de la volonté, la sincérité, la bienveillance et la dignité du caractère. Il avait un jugement sain et libre, indépendant des opinions reçues et des conventions sociales. Il obéissait à sa conscience, il consultait la rai- son, et quand sa conviction était faite, il allait jusqu’au bout, sans crainte, sans faiblesse, sans transaction. C'est ainsi qu'il marchait droit dans la vie, agissant comme il pensait, faisant simplement son devoir, toujours libre, toujours digne, toujours d'accord avec lui-même. Liagre était quelqu'un, ce qui est rare à une époque où les passions
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el les intérêts ont un si grand empire. Toutes ses forces morales étaient parfaitement équilibrées, ancrées dans l'honnête et dirigées vers le haut. Sa pensée ne s’arrêtait pas aux phénomènes instables, ni son cœur aux détails vulgaires : il cherchait les lois éternelles des choses, il tendait vers l'idéal, il planait dans l'infini, comme un vrai philosophe, quoiqu'il n'eùt pas reçu d'éducation phi- losophique.
Dans un de ces mémorables discours que je citais tout à l'heure, il s’occupe de la structure et de l’évolution des Systèmes planétaires, il constate les analogies de Mars avec la Terre au triple point de vue climatologique, physique et topographique, il expose la grande hypothèse nébulaire de Kant et de Laplace, il conclut à l'identité de constitu- tion de toutes les parties de notre système, puis, songeant à l’humanité et à ses immortelles destinées, il s’écrie, avec illustre Père Angelo Secchi : « C’est avec un doux senti- | ment que l’homme pense à ces mondes sans nombre, où chaque étoile est un soleil qui, ministre de la bonté divine, distribue la vie et le bonheur à d’autres êtres innombra- bles bénis de la main du Tout-Puissant. Son cœur se sent inondé de joie quand il songe qu'il fait partie lui-même de cet ordre privilégié de créatures intelligentes qui, des profondeurs du ciel, adressent un hymne de louanges à leur créateur. »
Voilà les hautes méditations et les nobles sentiments qui inspiraient Liagre il y a trente-deux ans, lorsqu'il n’était encore que membre de la Classe des sciences, et sur ce point, je dois le dire, la philosophie spiritualiste
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contemporaine est complètement d'accord avec les ensei- gnements de l’astronomie depuis Copernic.
C’est la même pensée qui éclate avec plus de vigueur, vingt-cinq ans après, dans la conclusion de la magnifique cosmographie stellaire qui résume les travaux astrono- miques de Liagre. Écoutons ce passage avec recueillement comme un écho de esprit et du cœur de notre cher confrère :
« Heureux l'homme qui, détournant son regard des vaines agilations du monde, peut se livrer en paix à la contemplation du ciel! Heureux celui qui borne son ambi- tion à pouvoir suivre de l'œil et de la pensée ces innom- brables mondes, animés d’une vie universelle et entraînés d’une eourse éternelle à travers l’immensité de l’espace! Ce spectacle, qui le met en présence de la majestueuse ampleur de la création, élève son intelligence, agrandit, épure, ennoblit sa pensée. Et si la réflexion, en müûrissant son jugement, n’a pas en même temps refroidi son cœur, chaque pas qu’il fait dans ce poétique domaine lui offre un nouveau sujet d'étonnement et d’admiration.
» Faisant alors un retour sur les choses de la terre, il prend en pitié nos préjugés religieux et nos praliques superstitieuses, car l’idée pure, impersonnelle, qu’il se forme de la Divinité s'élève au-dessus des grossières | fictions de nos légendes théogoniques, autant que le large dôme du ciel s'élève au-dessus des voûtes étroites de nos églises.
» Reconnaissant enfin son impuissance à remonter, par la seule force de sa raison, jusqu’à l’origine des choses, il s’arrête, avec une respectueuse résignation, devant les
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bornes que la nature a posées à l'intelligence humaine. Sa raison s'incline devant l’incompréhensible, mais son âme, cette pure émanation de l’éternelle source de lumière et de vie, son âme aspire et espère. »
Ceci est le testament du savant. C’est une profession de foi philosophique et religieuse, dégagée de tout lien con- fessionnel. La mort de notre ami est un témoignage des convictions de sa vie. C’est un acte d'espérance aussi et une aspiration vers l’éternelle vérité. Ne nous arrêtons pas à la forme agnostique de cet élan. L’agnosticisme de Liagre est du même genre que celui de son confrère Houzeau. Il s’en est expliqué dans sa notice nécrologique de l’année dernière. « La formule de Houzeau, dit-il, était Nescio, et non Semper ignorabimus. Bien loin de dire à la raison humaine : tu n’iras pas au delà, il regardait l’homme comme un être essentiellement perfectible et ne posait aucune limite aux ressources futures de son intelligence. »
Adieu, cher et vénéré confrère. Tu as noblement véeu -en contemplant avec émotion les magnificences de la créa- lion, tu as aimé la vérité d’un amour pur et désintéressé, Lu as fait honneur à l’Académie, à la science, à ta patrie, à l’humanité, tu as été bon, affectueux, dévoué pour ta famille et pour tes semblables, sois heureux maintenant! Reçois la récompense qui est due à tes mérites dans un de ces mondes glorieux que tu as si bien décrits! Tu aspirais à l'idéal, tu espérais en Dieu. Dieu, c'est la justice. Adieu! ;
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Discours prononcé, au nom de l’École militaire et de la Classe des sciences, par le colonel d'artillerie J. De Tilly, commandant de l'École et membre de l'Académie.
Messieurs,
L'homme éminent à qui nous venons dire un dernier adieu a parcouru une double carrière.
Sorti de l'enfance au moment de la proclamation de notre indépendance nationale, Liagre fut entraîné, comme tant de cœurs généreux, vers la carrière des armes, par le sentiment du danger public. Mais, dans les études de l'ingénieur militaire, la partie spéculative le captiva. Engagé sur le terrain de la science pure et de l’enseigne- ment, il y conquit une place d'honneur et arriva simulta- nément aux plus hautes positions dans l’armée et dans les corps scientifiques.
L'École militaire et l’Académie, qui ont été l’objet de ses dernières pensées ,, sont réunies autour de son cer- cueil; et, par une circonstance fortuite, le commandant de l’École militaire a dû accepter la douloureuse mission de vous parler en même temps au nom de cette École et au’ nom de la Classe des sciences de l’Académie; d’ailleurs, la science est le lien qui unit l’Académie et l'École, et celui qui les représente en ce moment devant vous a été reçu dans l’une et dans l’autre sous le généreux patronage de l’homme que la mort nous ravit aujourd'hui.
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Vous ne pouvez attendre de moi, Messieurs, que j'énu- mère'en détail tous les services que Liagre a rendus pendant sa longue carrière; je dois me borner aux circonstances principales.
Admis comme élève de la première promotion, lors de la création de École militaire, il y devint répétiteur sept ans après, puis successivement inspecteur des études, pro- fesseur, examinateur permanent pour les sciences mathé- matiques, directeur des études, et enfin commandant supérieur. Des quarante-cinq années qui s’écoulèrent de 1834 à 1879, il en a passé trente-huit à l'École, y a occupé toutes les positions, et a brillé dans toutes.
Le cours qu'il professa de 1850 à 1854 était celui de topographie, auquel il apporta des perfectionnements notables.
Cette science, pour être pratiquée avec précision, exige, comme l'astronomie et la géodésie, une étude minutieuse des corrections à faire subir aux instruments et aux résul- tats. Liagre s’en était occupé déjà dans plusieurs notes et mémoires très remarqués, principalement relatifs aux lunettes méridiennes, et qui lui valurent le titre de cor- respondant de la Classe des sciences de l’Académie dans l'année même où il devint professeur à l’École. Pendant la durée de son professorat, et dans le domaine de la topographie pure, il publia des études approfondies sur la stadia.
La nécessité de choisir entre les résultats discordants de mesures également bien effectuées l’amenèrent à faire une étude approfondie du calcul des probabilités et de la théorie des erreurs, qui restèrent, depuis, ses branches de
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prédilection. Il n’existait, sur ces matières, que des traités très compliqués, et d’autres trop élémentaires. Le Calcul des probabilités de Liagre, publié en 1852, et dont une seconde édition a paru en 1879, est une œuvre de grande érudition, d’une lecture facile et attrayante, d’un style agréable et châtié. Ce traité est resté longtemps classique, non seulement chez nous, mais aussi à l’étranger.
Toutefois, se conformant à un principe de l’immortel Lagrange, ce fut surtout aux. applications que notre con- frère continua à donner son temps et sa peine. Devant abréger, je ne citerai que son Mémoire sur la valeur la plus probable d’un côté géodésique commun à deux trian- gulations, et ses nombreuses recherches sur la question importante de l’organisation des caisses de pensions et de secours, et des institutions de prévoyance en général. Ici encore il fut prophète, même en son pays, où les méthodes préconisées par lui furent mises en pratique. Il voulut d’ailleurs être prophète dans un sens plus littéral que celui du proverbe, car il prédit dans son Mémoire de 1859 ce qui devait arriver, en matière de pensions, pendant les vingt années subséquentes, et ses prévisions, malgré des circonstances très défavorables, n’ont pas été trop démen-
_ties par les événements. A la suite de la publication de son grand traité théo- „rique et de plusieurs autres travaux, il avait été nommé membre titulaire de l’Académie en 1853.
Plus tard, il sembla retourner de préférence à lastro- nomie, dont il s’est occupé même pratiquement comme aide à l’Observatoire; et, plus tard encore, la géographie scientifique fut l’objet de sa préférence.
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Ce dernier terrain m'est absolument interdit; quant aux travaux astronomiques, l’idée dominante y est tou- jours celle des erreurs et de leurs corrections, mais plu- sieurs mémoires traitent de sujets spéciaux : le problème des crépuscules; l'influence des phases lunaires sur la pression atmosphérique; les méthodes de détermination exacte des éléments astronomiques, particulièrement des latitudes; enfin, les mouvements propres du soleil et des étoiles. Tous ces travaux, qu’il serait impossible d'analyser ici, même brièvement, ont été accueillis favorablement par les astronomes.
De 1860 à 1879, Liagre ne quitta plus l’École militaire. Pas plus iciqu’à l’Académie, il n'est possible de relater tout ce qui est dû à son activité incessante : il faut concentrer l'attention sur un point caractéristique.
La période pendant laquelle il exerça le commandement supérieur (1870 à 4879) fut peut-être la plus difficile que ce commandement ait eu à traverser. Les événements imprévus et diversement interprétés de deux grandes guerres, tout en révélant des défauts réels de notre orga- nisation, avaient fait naître dans certains esprits des idées exagérées. Les uns, relativement modérés, ne voulaient pas admettre que notre École eût pour objet principal de former des ingénieurs militaires, des officiers techniques de l'artillerie et du génie; les autres, allant plus loin,osaient contester, même pour les ingénieurs, l'utilité d'un ensei- gnement scientifique approfondi. L'union de ces deux catégories de novateurs eût certainement bouleversé l'École, si celle-ci n'avait été protégée par sa loi orga- nique, et eût peut-être réussi à ébranler la loi elle-même,
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si notre enseignement n'avait trouvé en Liagre un défen- seur énergique, convaincu et compétent.
Il quitta l'École en 1879 pour devenir Ministre de la Guerre, et les adieux touchants qu'il adressa alors au per- sonnel ont été considérés comme un résumé exact et sincère des sentiments qui l'ont toujours animé.
Pour des motifs que je n'ai pas à apprécier ici, il ne conserva le pouvoir que pendant un an, el se consacra principalement depuis lors aux fonctions de secrétaire perpétuel, auxquelles il avait été appelé en 1874 par ses confrères, à une imposante majorité, et qu'il remplissait encore avec l’ardeur la plus louable douze jours avant sa mort.
Après avoir retracé, un peu longuement peut-être, et cependant d’une manière bien incomplète, sa carrière et ses travaux, dois-je vous parler des qualités de son cœur? Je pourrais wen dispenser, puisque vous l'avez connu comme moi, et que d’ailleurs le Président de l’Académie lui a déjà rendu hommage sous ce rapport. Mais il ne doit pas m'être interdit de donner libre cours à ma reconnais- sance personnelle pour la bonté, l’affabilité cordiale, le dévouement inaltérable dont Liagre fit preuve envers moi. Notre amitié de trente années n’a été troublée par aucun nuage, malgré la divergence radicale de nos convictions philosophiques.
Et maintenant, l'heure de la séparation est venue. Cette belle carrière est terminée; cette brillante intelligence est anéantie; celte constante amitié n’est plus qu'un souvenir.
Adieu donc au Commandant de l’École militaire, au
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Secrétaire perpétuel de l’Académie ; adieu au chef vénéré, au maître éminent, à mon bienveillant protecteur, à mon ami dévoué! Que sa mémoire vive dans nos cœurs ! Que son nom soit honoré par sa patrie ! Que Dieu lui accorde les récompenses éternelles !
Discours prononcé, au nom de la Commission centrale de statistique du Royaume, par É. Banning, membre ~ de la Commission, correspondant de l’Académie.
Quand on rappelle ce que fut parmi nous le général Liagre, il semble, Messieurs, qu'on retrace la carrière de plusieurs hommes. Avec cette tendance à l’universalité qui est la marque distinctive des esprits supérieurs, il était attiré dans les directions les plus diverses, sollicité par tous les genres d’études, et partout il apportait ses qua- lités maîtresses : lucidité de la pensée, méthode rigoureuse dans l'observation dzs faits, droiture absolue dans l’exa- men des documents, fermeté inébranlable dans la convic- lion acquise.
La Commission centrale de statistique s’honora de lavoir pour collaborateur pendant douze ans, pour prési- dent pendant dix. En l’installant en cette dernière qualité le 9 juillet 4880, le Ministre de l'Intérieur s'exprimait ainsi :
« Le président de la Commission centrale a toujours
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été et doit toujours être un homme d'élite. Le monde savant applaudira à la nomination de M. Liagre. Nul ne possède mieux que lui les connaissances et les aptitudes requises pour diriger de haut les calculs statistiques, pour en condenser les résultats et en déduire les consé- quences. »
Vraies au moment où elles étaient prononcées, ces paroles le sont davantage aujourd’hui. Arrivé à une époque où les bases du service statistique étaient créées, où ses principaux rouages fonctionnaient régulièrement, Liagre s’appliqua surtout à maintenir à sa hauteur une institution dont la Belgique, au sortir de la crise de son émancipation, avait eu le mérite de prendre l'initiative. Il mit à remplir cette mission un zèle infatigable, une con- science exemplaire. Avec ce sentiment du devoir qui revêtait chez lui l’aspect d’une vertu militaire, avec cette application soutenue qui le caractérisait, il préparait les débats de la Commission, les orientait dans les matières les plus variées, attentif à demeurer sans cesse l’âme et le centre de nos recherches. Assidu aux séances plénières comme à celles des comités, il cumula bien souvent les fonctions de président avec celles de rapporteur (1).
L’exposé de la situation du Royaume de 1861 à 1875, le tableau sommaire de l’état politique et économique du pays dressé en 1889 à l’occasion de l'Exposition de Paris, les instructions préparatoires aux recensements de 1880
(4) C’est Liagre qui a rédigé le rapport sur le premier concours (période 1884 à 4888) pour le prix de statistique fondé par X. Heuschling. Moniteur, 9 octobre 1889.
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et de 1890, témoignent, entre bien d’autres travaux, de l'importance de sa collaboration.
Ses rares facultés suffisaient à tout. Dans un domaine où la science et la vie se touchent par tant de côtés, où leur contact est une source fréquente de surprises et d'erreurs, Liagre était un guide singulièrement sùr et sagace. Personne mieux que lui n'a su les limites qui séparent en cetie sphère le certain du probable, le pro- bable du possible. Le sens exquis de ladministrateur qui était en lui, corrigeait les rigueurs de la théorie en même temps que la raison du géomètre portait la lumière dans la masse confuse des faits contingents. Il s’ensuivait une vue claire et étendue de l’organisme compliqué de la vie des peuples modernes comme des lois qui gouvernent les phénomènes sociaux.
' Au mois de mars 1882, le général Liagre fut nommé commissaire du Gouvernement pour les travaux de statis- tique générale et internationale. Il le représenta en cette qualité dans plusieurs réunions scientifiques, à Genève en 1882, à Londres en 1885. L'Institut international se l'était affilié et la Société de statistique de Paris lavait fait membre associé. A l'étranger comme dans le pays, il a creusé son sillon et la trace de son passage ne s'effacera pas. En le voyant, en l’écoutant, chacun sentait que le glorieux héritage de Quetelet ne risquait pas de s’amoin- drir entre ses mains.
Je mai rien dit du collègue, de l’ami : l'émotion qui nous étreint tous, est ici trop voisine des larmes. Le témoignage qui devrait lui être rendu sous ce rapport, au
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nom de la Commission entière, est mieux que sur nos lèvres : il est dans notre cœur.
Enlevé à 75 ans, après une existence laborieuse et fructueuse entre toutes, Liagre laisse l'impression d’une intelligence interrompue en pleine œuvre inachevée, tant cet esprit était encore fertile en aperçus lumi- neux, tant cette activité défiait l’usure du temps, tant celte volonté paraissait forte dans l’accomplissement des multiples tâches qu’elle s'était assignées. L'œuvre sera continuée; la science ne meurt pas : mais aussi la pensée créatrice qui la rend vivante et féconde ne subit pas, sans aucun doute, un destin plus étroit que l’objet même de son culte. Dans l'un de ses plus nobles ouvrages, après avoir décrit la splendeur des cieux, pressenti l'immensité de lunivers, Liagre concluait à de hautes études par de plus hautes espérances. Ce sentiment s'impose devant ses restes mortels : il est le seul qui puisse apporter quelque allégement à notre profonde douleur.
Discours prononcé, au nom de l'ancien Dépôt de la Guerre et de la Société royale belge de géographie, de Bruxelles, par le colonel d'état-major Hennequin, directeur de l'Institut cartographique militaire.
MESSIEURS,
C’est à un double titre, au nom de l’ancien Dépôt de la guerre — aux travaux scientifiques duquel le lieutenant général Liagre a pris part — et au nom de la Société
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royale belge de géographie — dont il était un des fonda- teurs et le président d'honneur — que je viens rendre, à la haute et sympathique personnalité que la Belgique a perdue, un hommage de respect el de reconnaissance.
La collaboration du général aux travaux du Dépôt remonte à l’époque, éloignée déjà, où la grande œuvre de la Carte du pays était entrée dans la phase de préparation scientifique, préalable aux opérations topographiques sur le terrain. Le 19 octobre 1853, en effet, il fut nommé membre d’une commission chargée d’étalonner les règles constituant l'appareil de Bessel, qui appartient à létat- major général prussien, et qui a servi à mesurer la base d'essai de Linthout et nos deux bases géodésiques de Lommel et d'Ostende. Le rapport dans lequel ont été publiés les résultats obtenus peut être cité comme un modèle d'analyse, de discussion et de lucidité d’expo- sition.
Déjà, vers 1852, il avait rendu à la science géodésique un service très apprécié, en faisant connaître, en langue française, les procédés d'observation et de caleul employés en Allemagne, et auxquels Gauss, Bessel et Baeyer avaient donné une forme nouvelle, basée sur l'application de la théorie des moindres carrés. Son travail, intitulé : Calcul des probabilités et théorie des erreurs, avec des applica- lions aux sciences d’observation en général et à la géodésie en particulier, a eu deux éditions, dont la première date de 1852, et la seconde, de 1879.
D'un autre côté, c'est en tenant compte de deux mé-
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moires sur la théorie et l'emploi de la stadia, adressés par lui à l'Académie en 1853 et en 1854 (1), que le Dépôt de la guerre, dirigé à cette époque par le savant général Neren- burger, adopta la stadia pour les mesures des distances dans le nivellement de détail, opérations qu’on avait faites jusqu'alors, avec beaucoup moins de rapidité, au moyen de la chaine.
Le général s’est egalement préoccupé des procédés opératoires de la topographie proprement dite, ainsi que le prouvent les publications suivantes : Note sur les oscil- lations du niveau à bulle d'air (2); — Éléments de géo- métrie et de topographie (3), — Traité élémentaire de topographie (4). Il fit même construire deux instruments, dont l'Institut cartographique possède des modèles : l’un, appelé sextant à un seul miroir, confectionné par A. Beau- lieu en 1849 (5); l’autre, qu’il désigna sous le nom de stadia nivelante, et qui fut exécuté par M. Édouard Sacré en 1854 (6).
La géodésie, dans la partie de ses opérations qui se rattache directément à l'astronomie, lui doit une méthode nouvelle de détermination de la latitude, qu’il a fait con- naitre en 1854, et qui repose sur des observations mul- tiples d’une étoile, effectuées dans le voisinage de la plus
| (4) Voir Bulletin de l'Académie, 1855, A°e partie, p. 524, ct 1854, | 2e partie, p. 462.
(2) Voir Bulletin de l’Académie, 1854, 2° partie, p. 274.
(5) En deux volumes, sans date, édités dans l'Encyclopédie Jamar. (4) En un volume, sans date [1849?], de la même Encyclopédie. (5) Voir lé Traité élémentaire de topographie précité, p. 39.
(6) Voir Bulletin de l’ Académie, 1854, 2° partie, p. 462.
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grande élongation (5). Houzeau et Adan eurent l’occasion de l'appliquer dans leurs travaux de 14855 et de 1856, au signal de Lommel et à la tour des Templiers, à Nieuport. En ce qui concerne les relations du Dépôt de la Guerre et de l’Institut cartographique militaire avec l’Association géodésique internationale, créée par l'illustre Baeyer dès 1864, l'intervention du général s’est éonstamment exercée jusque dans ces derniers temps. C’est à la suite d’une démarche faite par lui auprès du Ministre de la Guerre que le colonel Adan fut désigné, en 875, pour assister à la conférence générale de: Paris.
Délégué lui-même de la Belgique — avec Houzeau et Adan — auprès de cette institution internationale, le
général présidait, en 1876, à l’organisation d’une session que le Comité permanent de lAssocialion a tenue à Bruxelles au mois d'octobre de la même année.
Bien que ses nombreuses occupations ne lui permissent point d'assister aux réunions annuelles de la Commission permanente, ni aux conférences générales de l’Association, qui ont lieu tous les trois ans, il suivait avec le plus vif intérêt le développément donné aux grandes chaînes de triangulation et de nivellement qui s'étendent aujourd’hui sur presque toute la surface des États européens, et qui doivent contribuer à fixer les idées sur la forme et les dimensions de la terre. Son concours dévoué était toujours acquis à la réalisation des vues de l'Association. C'est surtout grâce à lui que le Gouvernement a mis récemment l'Institut cartographique en mesure d'exécuter de nou-
(å) Voir Bulletin de Académie, 1854, 2° partie, p. 658.
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veaux nivellements de précision, dans lesquels sont employés des instruments très perfectionnés et des méthodes spéciales de calcul.
De la sollicitude avec laquelle il suivait ces travaux, il nous sera permis de citer un exemple. Il y a quelques semaines, lui parlant de la dernière réunion géodésique de Fribourg et de l'opportunité de choisir Bruxelles comme siège de la prochaine Conférence générale qui aura lieu en 1892, nous lui demandions de vouloir bien, comme en 1876, accepter — lorsque le moment en serait venu — la présidence du Comité organisateur de la session. Le général nous répondit, avec cette bienveillance de caractère et cette netteté dans la forme qu’il possédait à un si haut degré : « Personne ne peut répondre de l'avenir; mais puisque la chose doit être utile, vous pouvez compter sur moi. » Son puissant appui, hélas ! nous fera défaut.
Quant aux services qu'il a rendus à la Société belge de géographie, ils datent de la fondation même de notre Société. Au mois d'avril 1876, lorsque furent commencées des démarches pour provoquer en Belgique un groupe- ment géographique analogue à ceux qui existaient depuis longtemps dans tous les autres pays, le général fut inscrit en tête de la liste provisoire du Comité d'organisation. _ Cette place lui revenait; car, occupant dans l’armée un des grades les plus élevés, exerçant les importantes fonc- tions de commandant et de directeur des études de l'École militaire, il jouissait d’une influence scientifique et d’une considération personnelle consacrées par sa position de secrétaire perpétuel de l’Académie royale. Et il est à
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observer qu’il appartenait à juste titre aux trois Classes de l'Académie; car, s’il était au premier rang des mathéma- ticiens belges, il se distinguait non moins par ses connais- sances littéraires et par l'élégance de son style que par la délicatesse de son goût et par la sûreté de ses jugements en malière artistique.
Pour ces motifs, le général devait, plus que tout autre, être utile à la Société géographique naissante. A côté de lui, d’ailleurs, se trouvaient placés alors des hommes distingués et dévoués, malheureusement disparus depuis, el dont nous nous faisons un devoir de rappeler en ce moment le souvenir : Houzeau, qui venait d’être nommé directeur de l'Observatoire; le colonel Adan, qui faisait les fonctions de directeur du Dépôt de la guerre; Ch. d'Hane-Steenhuyse, qui avait été président du Congrès géographique d'Anvers, et Ch. Ruelens, le promoteur et l’un des secrétaires généraux de ce congrès.
Après avoir dirigé les travaux de notre période de création, le général fut investi de la présidence de notre Association, d’abord en 1877, puis en 1879 et en 1882. Il exerça les fonctions de vice-président en 4880, en 1881 et, sans interruption, à dater de 1883 jusqu'en 1890. A trois reprises, en 1878, en 1880 et en 1884, il déclina sa réélection ou sa nomination à la présidence, se mon- trant rigide observateur du règlement, qui stipule que notre président, désigné pour une année, n’est pas immé- diatement rééligible. 1 déclarait à ce propos qu'il conve- nait, d’après lui, de modifier périodiquement le bureau de la Société, afin de pouvoir en changer éventuellement les idées de direction. De même, il combattit une proposition
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faite au sein du Comité central, et tendante à porter à trois ans la durée du mandat présidentiel qu’il exerçait. I objecta qu’une telle mesure implique une modification aux statuts, qu’elle ne peut être décidée qu’à la suite d'une assemblée générale, et qu’elle s’écartait d’ailleurs des vues qu'il avait exprimées au sujet de la direction de la Société.
Son intention de rester au second plan était donc évidente, et les membres du Comité, par un accord tacite, n’insistèrent plus, tout en conservant chaque année à la
vice-présidence l’homme éminent, le savant distingué dont
s’honore de pays. Cependant le général voulut bien, sur de vives instances, accepter, en 1890, le titre de président d'honneur de la Société,
Nous trouvons de lui, dans notre Bulletin, de nom- breux travaux ou communications remarquables par leur
| valeur scientifique en même temps que par la méthode, la
précision et la clarté de leur exposé. Ce sont, par ordre chronologique :
En 1877, son Discours d’ouverture, prononcé, le 5 avril, à notre première assemblée générale (1);
Également en 1877, un article intitulé : Les sciences géographiques, où il traite de la filiation et des rapports des diverses sciences qui ont pour objet l'étude de la terre;
(4) H s’y élève énergiquement contre l'indifférence qu’il constate
dans notre pays en matière géographique, et il la combat en faisant
un chaleureux appel au principe fécond de l'association.
(99)
En 1879, son Discours d’ouverture du Congrès de | géographie commerciale (1);
En 1889, sa Notice sur la vie et les travaux du colonel Adan (2);
En 1883, sa Cosmographie stellaire, dans laquelle il expose, d’une manière magistrale, l'historique et l’état actuel des données que la science possède relativement aux éloiles (3);
Et en 1884, sous le titre : Les marées, une étude de cosmographie terrestre, où sont examinés en détail les phénomènes que l’influence de la lune et du soleil produit sur la vitesse de rotation diurne et sur le poids spécifique des eaux de l'Océan.
Indépendamment de cette collaboration active, apportée ainsi à nos publications, le général, qui s’acquittait scru- puleusement de toutes les fonctions qu’il avait assumées, montrait aux séances du Comité central, auquel est attri- buée la direction de la Société, une assiduité qu'il est très rore de rencontrer, et qui avait pour ainsi dire quelque chose de touchant. Il y acceptait fréquemment l'examen
(4) Il y fait ressortir l'importance générale des études de géo- graphie économique, et l'intérêt particulier que présente pour la Belgique la recherche de nouveaux débouchés commerciaux.
(2) Cette notice, dont chaque page témoigne de l’affeetueuse amitié
du général Liagre pour le colonel Adan, a été insérée, avec quelques additions, dans l'Annuaire de l’Académie pour 1885, pp, 307-340. _ (5) Ce travail, où il cherche à fixer les idées sur des questions de l'ordre le plus élevé, en n’invoquant que des connaissances mathé- matiques élémentaires, a été imprimé en un volume in-18 par l'Institut national de géographie (Bruxelles, 1884).
f
( 100 )
de travaux présentés, el émettait des avis religieusement écoutés, toujours empreints d'une grande sagesse, el donnés avec autant de sereine impartialité quant au fond que de ménagement dans la forme.
L’hommage que la Société de géographie rend à la mémoire de son président d'honneur serait incomplet, si nous omettions de mentionner qu'il a fait partie du Comité national belge, institué, le 6 novembre 1876, dans le but de poursuivre, auprès de la Commission internationale pour explorer et civiliser l’Afrique centrale, exécution du programme élaboré, en septembre de la même année, par la Conférence géographique qui s'était réunie à Bruxelles, sous la présidence de S. M. le Roi.
Nous rappellerons aussi que le Gouvernement lui à demandé son concours pour organiser le groupe de l’ensei- gnement et de l'éducation, lors des Expositions de Bruxelles, en 1880 et 1888, et d'Anvers, en 1885.
Le général était membre de la Société royale des sciences de Liège, membre honoraire de la Socicté royale des sciences médicales et naturelles de Bruxelles (1874), membre honoraire de la Société royale de géographie d'Anvers (1877) et membre d'honneur de la Société royale de médecine publique (1880). La notoriété qu'il avait acquise en dehors de notre pays lui avait valu le titre de correspondant, d’associé ou de membre d’honneur d’un très grand nombre d'institutions et d’associations scienti- tiques de l'étranger (1).
(4) Le général Liagre avait été nommé :
Correspondant de l’Académie royale des sciences de Turin;
( 101 )
La perte que le pays et sa famille viennent de faire est immense. Puisse le souvenir de sa haute intelligence, de la luci-
Membre correspondant de l’Académie des sciences, belles-lettres ét arts de Besançon (1874);
Associé honoraire de l’Académie agraire de Pesaro (id.);
Membre correspondant de la Société nationale des sciences natu- relles de Cherbourg (1876); Membre correspondant de la Société de géographie de Lisbonne (id) ;
Membre honoraire de l'Institut royal grand-ducal de Luxembourg id.);
Membre correspondant de la Société de climatologie algérienne
.);
Membre honoraire de la Société royale historique de la Grande- Bretagne (1877);
Associé étranger du Comité central permanent de géographie du Portugal (id.);
Membre correspondant de la Société impériale et royale de géogra- phie de Vienne (id.);
Membre honoraire de la Société de géographie de l'Est (1880);
Membre honoraire de la Société normande de géographie (1880);
Membre honoraire de la Société de géographie de Hongrie (id.);
se correspondant de la Société néerlandaise de géographie (1885
sut d'honneur de la Société de topographie de Foe (id.);
Membre associé de la Société de statistique de Paris (id
Membre correspondant de la Société de géographie de Rio de Janeiro (1884
Membre An étranger de l'Académie royale des sciences de Lisbonne (188
Membre nie de l’Institut international de statistique (id.);
Membre mie ose de la Société mexicaine de géographie et de statistique (id.
embre carrespondadt étranger de la Société de géographie de
Paris (1887).
(102)
dité de son esprit et de l’impartialité de ses décisions nous inspirer à l’avenir dans toutes les questions où — s’il était demeuré parmi nous — l'Institut cartographique aurait eu l’occasion de demander ses avis et de solliciter son appui!
Puisse encore la sage impulsion qu’il a donnée à la Société de géographie maintenir celle-ci dans la voie de progrès, peu bruyant, mais continu, où elle a marché jusqu’à présent!
Ni l’Institut cartographique militaire ni la Société de géographie n’oublieront la reconnaissance qu’ils lui doivent:
BULLETIN
DE
L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, DPA LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE.
1891. — N° 2.
me
CLASSE DES SCIENCES.
——
Séance du 7 févirer 1891.
M. F. PLaTeau, directeur pour 1891 ;
` Sont présents : MM. F. Folie, vice-directeur ; J.-S. Stas, P. Van Beneden, le baron de Selys Longchamps, G. Dewalque, H. Maus, E. Candèze, Brialmont, Éd. Dupont, Éd. Van Beneden, C. Malaise, Fr. Crépin, Éd. Mailly, J. De Tilly, Ch. Van Bambeke, G. Van der Mensbrugghe, W. Spring, Louis Henry, M. Mourlon, P. Mansion, J. Delbœuf, P. De Heen, C. Le Paige, membres; E. Cata- lan, associé; A. Renard, Ch. Lagrange, L. Errera, C. Van- lair, F. Terby et J. Deruyts, correspondants,
M. C. Le Paice, ff. de secrétaire.
(104)
Sur l'invitation de M. le Gouverneur du Brabant, une députation, composée des bureaux des trois Classes et de plusieurs membres, a assisté, le jeudi 29 janvier, dans l'église des SS.-Michel-et-Gudule au service funèbre célé- bré pour S. A. R. M le Prince Baudouin.
La Classe s'associe à l'adresse de condoléance qui a été envoyée au Roi, Protecteur de l’Académie, par M. Tiberghien, président, pour exprimer à Leurs Majestés et à LL. AA. RR. le Comte et la Comtesse de Flandre, les sentiments de condoléance des trois Classes, au sujet de la mort de S. A R. MF le Prince Baudouin.
CORRESPONDANCE.
M. le directeur donne lecture de la lettre suivante adressée
à M. le Président de l’Académie par M J.-B.-J. Liagre.
« J'ai la profonde douleur de porter à votre connais- sance la perte cruelle que je viens d’éprouver en la per- sonne de mon mari, le général Liagre, secrétaire perpétuel de l’Académie, decédé le 13 du mois de janvier.
_» Je vous prie de bien vouloir notifier officiellement ce décès à chacune des trois Classes de l’Académie à laquelle le défunt était dévoué de tout cœur. »
M. Plateau, après avoir payé un juste tribut de sincères regrets et de vive sympathie à la mémoire du secrétaire perpétuel, rappelle que M. Tiberghien, président de l’Aca-
démie, s’est fait l'organe des trois Classes lors des funé-
railles, qui ont eu lieu le 46 du même mois; comme M. Liagre appartenait spécialement à la Classe des sciences, M. le colonel de Tilly a été l'organe de celle-ci pour rap-
[2
( 105 ) peler les travaux du défunt, depuis son élection de membre titulaire en 1853.
M. le directeur donne lecture d'une seconde lettre de Mr: Liagre, remerciant pour ces discours. Ils seront insé- rés dans le Bulletin, ainsi que ceux prononcés au nom de la Commission centrale de statistique du royaume et au nom de la Société royale belge de géographie.
Une lettre de condoléance, exprimant les sentiments collectifs des trois Classes, sera adressée, par M. le Prési- dent de l’Académie, à M™° veuve Liagre.
Sur le vœu unanime émis par les trois Classes, le Gou- vernement sera prié de faire exécuter, pour la salle des séances, le buste de M. Liagre. |
M. Brialmont accepte de rédiger la notice du défunt pour l'Annuaire de l'Académie.
— La Classe apprend, également avec un vif sentiment de regret, la perte qu’elle a faite en la personne de l'un des associés de sa section des sciences mathématiques et physiques, M. le général Charles Ibañez de Ibero, marquis de Mulhacen, président de l’Institut central de géographie et de statistique de Madrid, et des commissions interna- tionales géodésique et du mètre, décédé à Nice, le 29 jan- vier dernier.
Une lettre de condoléance sera adressée à M™° Ibañez.
— La Société de Borda, à Dax, notifie la mort de l’un de ses présidents d'honneur et ancien président, M. Henry du Boucher, décédé à Dax, le 47 janvier dernier.
— M. le Ministre de l'Intérieur et de l'instruction publique demande l’avis de la Classe : 1° Sur une requête de M. Gilson, professeur à l'Univer-
( 106 ) sité de Louvain, sollicitant d’être envoyé au laboratoire du D" Dohrn, à Naples, à l'effet d'entreprendre des recherches sur le système nerveux des sélaciens ;
2 Sur le rapport qui lui a été adressé par M. F. Cerfon- taine, assistant à l’Institut zoologique de Liège, sur le résultat de ses travaux au même laboratoire. — Commis- saires : MM. P.-J. Van Beneden, Éd. Van Beneden et J. Plateau.
— Le comité d’ orenian du second congrès interna- tional ornithologique fait savoir que ce congrès s'ouvrira à Pesth le 17 mat prochain.
— M’ Olagnier, notaire à Paris, adresse l'extrait suivant du testament mystique de M'° Adelaïde Lemaire, qui avait son domicile à Beaumont (Belgique) et une résidence à Paris, rue Saint-Pétersbourg, n° 37, où elle est décédée le 2 décembre dernier : « Je donne à l’Académie des sciences de Belgique la somme de 25,000 francs, pour que les revenus en soient affectés à la formation d’un prix qui sera décerné, tous les deux ans, sousle nom de prix Charles Lemaire, à lau- teur du meilleur mémoire publié sur des questions rela- tives aux travaux publics. » La Commission administrative a sollicité du Gouverne- ment l'arrêté royal nécessaire pour entrer en possession de ce legs.
La Classe des sciences ‘arrêtera ultérieurement les con- ditions du concours pour réaliser les intentions de M"! Lemaire.
v VY vuy y
— M. le marquis Anatole de Caligny, associé de la Classe, à Versailles, adresse une sixième lettre sur ses Recherches hydrauliques. — Impression au Bulletin.
CUT >;
— Travaux présentés el nomination de commissaires :
4° Calcul purement géométrique des distances des points remarquables du triangle. Formules générales; par Clé- ment Thiry, étudiant à l'Université de Gand. — Commis- saires : MM. Catalan, Le Paige et Mansion;
2 Sur les polynômes de Legendre, d'Hermite et de. Polignac ; par E. Catalan, associé de la Classe. — Commis- saires : MM. Mansion et De Tilly.
3° Sur la courbure des polaires en un point d’une courbe d'ordre n; par CI. Servais, professeur à l’Université de Gand. — Commissaires : MM. Le Paige, Mansion et De Tilly;
4 De la combinaison de l’azote avec d’autres éléments chimiques sans l'intervention des microbes; par Em. Delau- rier, à Paris. — Commissaire : M. Spring;
B° Découverte d’une étoile variable; par L. de Ball. — Commissaires : MM. Folie et Lagrange.
— Hommages d'ouvrages :
Le colonel d'état-major Hennequin. — Discours pro- noncé au nom de la Société ro yale de géographie de Bruxelles lors des funérailles de M. Liagre ;
Léo Errera. — Zur Frage nach den Biziphungen zwis- chen Atomgewicht und Magnetismus;
Cours de M. Hermite, à la faculté des sciences de Paris, rédigé en 1889, par M. Audoyer, élève à l'école normale (autographie);
Héron-Royer. — Quelques mots sur les mœurs de l’'Hyla versicolor Daudin; extrait;
Auguste Kanitz. — Le cardinal Haynald, etc., considéré comme botaniste. Offert par le traducteur, M. Édouard Martens ;
( 108 ) W. Prinz. — Sur les similitudes que présentent les cartes terrestres et planétaires (torsion apparente des pla- nètes). — Présenté par M. F. Folie. — Remerciements.
A l’occasion de la présentation du travail de M. Prinz, M. Dupont fait la communication suivante :
J'ai lu avec grand intérêt la notice de M. Prinz sur la Torsion apparente des planètes. Le sujet qu’il aborde fait partie de questions depuis longtemps à l’ordre du jour, surtout en ce qui concerne notre globe. L'Académie se rappellera les nombreuses tentatives faites en vue de reconnaître les lois fondamentales du relief de la terre, particulièrement les grands travaux d’Élie de Beaumont sur les règles qui ont présidé à la distribution des chaînes de montagnes, et sa conception du réseau pentagonal, qui n’a pu être admise. Depuis lors, un modeste savant anglais, W. L, Green, mort récemment, et qui habita _ longtemps les colonies, a proposé d’y substituer la double conception d’une déformation tétraédrique et d’une torsion suivant un plan oblique à l'équateur.
C’est ce dernier point, la torsion de notre planète et sa généralisation aux corps du système solaire, que M. Prinz vient de traiter avec une réelle compétence et des aperçus neufs. Il remarque sur la terre, sur la lune et sur les pla- nètes au sujet desquelles nous avons des notions orogé- niques, des traces de torsion suivant un plan sérieusement _ analogue. Plusieurs traits, figurant les relicfs, tendent, en effet, à y prendre une position en S dans le sens des méri- diens et donnent bien l'impression du phénomène que l’auteur cherche à mettre en évidence.
M. Prinz n’a pas traité dans sa notice la question de la
( 109 )
déformation tétraédrique, l’autre partie de la conception de Green. C’est un sujet qui peut être détaché du phéno- mène de la torsion. On peut remarquer que la Terre, la Lune et Mars présentent deux dispositions orogéniques communes et tendant à indiquer que leur déformation répond de son côté à une base conforme à celle que Green a conçue, à savoir : 4° l’extension des profondeurs, des mers dans un hémisphère polaire, l'extension des reliefs élevés, des continents dans l’autre hémisphère; 2° la ten- dance à une division tripartite des reliefs proéminents vers l’hémisphère où les bassins dominent.
Ces données portent à penser que les vues de Green sur les déformations d’après une base tétraédrique répon- draient de leur côté réellement à une loi d’astro-physique, aussi bien que le phénomène si remarquable et à première vue étrange de la torsion, qui semble s’être combiné à cette déformation.
Nous espérons que l’auteur de la savante notice qui : nous est présentée continuera ses études sur ces ques- tions, qui paraissent en voie de se dégager de l'obscurité; et je ne doute pas que l’Académie ne veuille encourager ses recherches avec la bienveillance qu’elles me semblent mériter,
—
M. Lagrange, de son côté, fait ressortir l'importance des faits mis en évidence par M. Prinz, au point de vue de ses propres recherches sur le magnétisme des globes.
3e SÉRIE, TOME XXI. 8
(HO)
PROGRAMME DE CONCOURS POUR 1892.
La Classe arrête, de la manière suivante, le programme des questions mises au concours pour cette année :
SCIENCES MATHÉMATIQUES ET PHYSIQUES.
PREMIÈRE QUESTION.
Compléter l'état de nos connaissances sur la corrélation des phénomènes de dissolution et des phénomènes de com- binaison des corps.
DEUXIÈME QUESTION.
Exposer et discuter, en s'aidant d'expériences nouvelles,
les travaux relatifs à la théorie cinétique des gaz. TROISIÈME QUESTION. Perfectionner la théorie de l'intégration approximative,
sous le double rapport de la rigueur des méthodes et de la facilité des applications.
CAM)
SCIENCES NATURELLES.
PREMIÈRE QUESTION.
On demande des recherches sur le développement embryonnaire d’un mammifère appartenant à un ordre dont l’embryogénie n’a pas ou wa guère été éludiée Jusqu'ici.
DEUXIÈME QUESTION.
On demande de déterminer, par la paléontologie et la stratigraphie, les relations existant entre les dépôts rap- portés par Dumont à ses systèmes laekenien el tongrien marin en Belgique. |
: TROISIÈME QUESTION.
On demande de nouvelles recherches sur la formation des globules polaires des animaux.
. La valeur des médailles d’or, décernées comme prix, sèra de 4,000 francs pour la première question de sciences naturelles, de 800 francs pour la première ques- tion de sciences mathématiques et physiques, et de 600 francs pour les autres questions.
Les mémoires devront être écrits lisiblement et pourront être rédigés en français, en flamand ou en latin. Ils devront être adressés, francs de port, à M. le Secrétaire perpétuel, au palais des Académies, avant le 4° août 1892.
(2)
L'Académie exige la plus grande exactitude dans les citations; les auteurs auront soin, par conséquent, d'indi- quer les éditions et les pages des ouvrages cités. On n’ad- mettra que des planches manuscrites.
Les auteurs ne mettront point leur nom à leur ouvrage; ils y inscriront seulement une devise, qu’ils reproduiront dans un billet cacheté renfermant leur nom et leur adresse; faute, par eux, de satisfaire à cette formalité, le prix ne pourra leur être accordé.
Les mémoires remis après le terme prescrit ou ceux dont les auteurs se feront connaître, de quelque manière que ce soit, seront exclus du concours.
L'Académie croit devoir rappeler aux concurrents que, dès que les mémoires ont été soumis à son jugement, ils sont et restent déposés dans ses archives. Toutefois, les auteurs peuvent en faire prendre des copies à leurs frais, en s'adressant, à cet effet, au secrétaire perpétuel.
La Classe adopte la question suivante pour son COn- cours de l’année 4893. Délai pour la remise du manuscrit : å% août de cette année :
Poser les équations du mouvement de rotation de l'écorce solide du globe, en tenant compte des actions extérieures, du frottement de l’écorce sur la partie fluide du noyau et des réactions intérieures.
Indiquer le mode d’intégration qui pourrait être appli- qué à ces équations.
Prix : 600 francs.
à
(145)
Versailles, le 5 février 1894.
Monsieur le Secrétaire Perpétuel,
Une nouvelle série d'expériences a été faite à l’écluse de l’Aubois, dans les mois de septembre et d’octobre 1890. Il a été officiellement constaté qu’un seul homme exécu- tait sans fatigue toutes les opérations de remplissage et de vidange de l’écluse, au moyen de l'appareil de mon invén- tion qui y est installé, quoiqu'il y eût toujours un grand bateau chargé dans le sas.
La manœuvre de vidange a été entièrement automa- tique. Il a suffit de lever une première fois le tube dit d'aval. Il n’a pas été possible, à cause de difficultés locales, de donner plus de 0",80 de diamètre aux pièces centrales fixes disposées dans les deux tubes mobiles. Mais cela a suffi pour constater qu’il en résulte une diminution dans la durée des manœuvres, et une augmentation dans le rendement, parce que la force qui ramène alternativement le tube d’aval sur son siège est maintenant plus grande.
Quant au remplissage de l’écluse, la marche n’est entièrement automatique que pour les dernières périodes, à cause d’un tourbillon extérieur qui se présente quand il y à encore une grande différence de niveau entre le bief damont et l’écluse. Mais ce tourbillon ne se manifestait pas d’une manière apparente avant la pose de la pièce centrale fixe dans le tube dit d'amont.
Il en est résulté une action contre la partie extérieure - proéminente de ce tube, qui pourra être modifié. D'ailleurs,
( 114 j ainsi que je l’ai signalé dans ma lettre du 6 juin 1890 (1), je préfère, pour une autre application, les tubes verticaux fixes, ayant à leurs extrémités inférieures des soupapes annulaires à double siège, ce qui permettra de régler les dimensions des colonnes liquides et les rapports de leurs sections, sans autre complication. Il est donc bien entendu que les pièces centrales fixes précitées n’ont été exécutées
. que pour utiliser les constructions existantes, en permet-
tant d'étudier les effets de la marche des oscillations résul- tant de la manière dont on peut modifier les sections dans les tubes verticaux.
Il est, au reste, essentiel de remarquer un fait capital, qui n’avait pas été généralement compris, et qui met aujourd’hui hors de doute le point le plus eakat de la théorie de mon nouveau système.
Les grands tubes mobiles ont été faits en tôle de 07,002 d'épaisseur; ils sont dans un état d’oxydation très avancé, étant posés depuis plus de vingt-deux ans. Quand le tube daval redescend sur son siège pendant la vidange de l’écluse, il faut que la longue colonne liquide du tuyau de conduite engendre, dans un temps assez court, les vitesses nécessaires pour pouvoir débiter la quantité d’eau corres- pondant à sa propre vitesse.
Tout dépend donc, quant à l'influence de ce change- ment de vitesses sur la solidité de appareil, de la réaction de la quantité d’eau contenue dans ce qu’on peut appeler la tête de la machine.
Or, à cause des vitesses engendrées, pendant un temps assez court, dans les tubes mobiles sur lesquels on
(4) Bull. de ? Acad. roy. dé Belgique, 5° série, t. XIX, p. 513.
(4H) a fait, sans ménagement, des expériences de diverses manières, ces tubes seraient certainement endommagés, s'il y avait eu des coups de bélier, rendus impossibles, parce que les sections transversales ne sont jamais bou- chées.
Quand cette construction a été faite, les principes au
moyen desquels on peut obtenir, d'une manière assez: simple, la marche automatique, n'étaient pas trouvés. Aussi, dans une autre localité, il sera convenable d’apporter au système quelques modifications. . Les dimensions du réservoir communiquant avec le bief supérieur avaient été calculées, ainsi que cela est exprimé dans le rapport à l’Institut de France du 18 jan- vier 1869, de manière à pouvoir obtenir de grandes oscillations initiales et finales, tandis qu’on peut réaliser toute la manœuvre sans celles-ci.
Il en résultera que les dimensions de ce réservoir pou- vant être augmentées, ainsi que son orifice de communi- cation avec le bief supérieur, un appareil de même grandeur pourra débiter beaucoup plus d’eau, surtout pendant le remplissage de l’écluse, moment auquel la baisse de l’eau, dans l’état actuel de ce réservoir, empêche un écoulement convenable au delà de certaines limites.
D'ailleurs, pendant la vidange, l’eau s’y relève plus haut que cela ne doit être pour le maximum d'effet.
Avant la pose de la bifurcation, signalée dans ma lettre du 3 décembre 1889, qui a permis d'établir le calme dans l’écluse, j'avais réalisé une manœuvre qu'il est intéressant de pouvoir reproduire dans une autre localité, mais qui ne peut plus l'être à l’écluse de l’ Aubois; la pose de cette bifurcation change les effets de l’inertie de l’eau.
( 146 )
Pendant le remplissage du sas, on avait rendu entière- ment automatique le tube d'aval, de la manière suivante, quand on renonçait d’abord à faire fonctionner de lui- même celui d’amont :
Je suppose l’écluse au niveau du bief inférieur, et le tube d'aval levé. Pour le faire baisser de lui-même, il suffisait de lever le tube damont. Une bouffée d’eau d'amont se précipitait sous le tube d’aval et occasionnait un effet de succion qui le faisait baisser.
Cette quantité d’eau perdue au bief d’aval n’était pas très grande, parce que, les deux tubes verticaux n'étant pas éloignés l’un de l'autre, l’inertie de la colonne d’eau contenue entre eux n’empêchait pas une petite quantité, tombée ainsi damont, d'acquérir une assez grande vitesse.
Le liquide remplissait bientôt les deux tubes et coulait dans l’écluse, jusqu’à ce qu’on baissàt celui d'amont. Alors, l’eau descendait dans ces tubes, et celui d'aval. se levait de lui-même en temps utile.
Dans l’état actuel des choses, on peut encore faire baisser de lui-même le tube d’aval au moyen de cette manœuvre, mais les effets de l’inertie sont notablement modifiés par la bifurcation précitée, si essentielle d’ailleurs pour la tranquillité des bateaux dans l’écluse; le tube d'aval ne reste plus baissé sans qu’on se donne la peine de l'accrocher dans les premières périodes.
Pour une autre application, où l’on ne sera pas gêné comme on l’est à l’écluse de l’Aubois par une rivière, il sera facile de prolonger le tuyau de conduite, de manière à retrouver des effets de l’inertie nécessaires pour repro- duire ainsi la marche, sans qu’on soit obligé d’accrocher alternativement le tube d’aval pendant les ais périodes de remplissage.
CES
Sans entrer ici dans d’autres détails, dont on ne pourrait se rendre bien compte qu’en consultant mon ouvrage et les lettres que j'ai eu l'honneur d’adresser à l’Académie royale de Belgique, le but spécial de celle-ci est d'attirer l'attention sur ce que, sans aucun danger pour les bateaux chargés, toutes les manœuvres ont été faites par un seul homme et que cela a été officiellement constaté dans un prucès-verbal.
J'ajouterai seulement que les contre-poids ont été dis- posés d’une manière encore plus pratique que cela n’avait été indiqué dans ma lettre du 2 avril 1890. Chaque tube est équilibré par un seul contrepoids principal, à une dis- tance assez rapprochée de laxe du balancier; de sorte qu’à l'extrémité de celui-ci, un contrepoids médiocre suffit pour obtenir les effets voulus, sans qu’on ait à craindre un coup de fouet.
Les idées entièrement nouvelles étudiées à l’écluse de l’Aubois, ont exigé beaucoup de temps et de persévérance. Si la disposition des lieux et des premiers travaux n'a pas permis d'obtenir le degré de perfection auquel, dans une autre application, il serait facile de parvenir, j'espère que ces études, jointes à ce que j’ai déjà publié, ne laisseront aucun doute sur l'utilité et la simplicité des pps ultérieures.
Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire perpétuel, l’hom- mage de mes sentiments de haute considération.
Le marquis de CALIGNY, Associé de l’Académie royale de Belgique.
(18)
RAPPORTS.
Détermination du rayon de courbure, en coordonnées parallèles ponctuelles ; par M. Maurice d’Ocagne.
Rapport de M, Catalan, premier Commissaire.
« M. Maurice d'Ocagne, jeune Géomètre bien connu (`), à lu le Mémoire Sur la courbure des lignes planes, de M. Demoulin. Il en a été si satisfait, qu'il en a déduit un autre, que l’on pourrait appeler : Conjuqué du premier. En effet, aux coordonnées m, n, de M. Demoulin, répon- dent les coordonnées p, q, de M. d’Ocagne ; aux théorèmes sur la courbure, contenus dans le premier Mémoire, en correspondent d’autres, démontrés dans le second. En par- ticulier, l'ingénieur français rappelle la proposition sui- vante (**) :
Si P,, P, … P, sont les points de contact des tangentes menées, d’un point quelconque M, à une courbe algébrique de classe n, et si Ri, Ra, … R, sont les rayons de courbure correspondants, on a , f
(‘) Entré à l'École polytechnique en 4880. Avant cette époque, M. d’Ocagne écrivait, fréquemment, dans plusieurs journaux de Ma- thématiques. Aujourd’hui il est ingénieur des Ponts et Chaussées à Pontoise.
(‘*; Nouvelles Annales de Mathématiques, 1890, p. 448.
( 119 )
Comme le fait observer l’Auteur, ce théorème est, en quelque sorte, corrélatif de celui de Reiss (*).
Le Mémoire de M. Demoulin ayant été approuvé et im- primé par l’Académie, j'ai l'honneur de proposer les mêmes encouragements pour la courte et intéressante Note de M. d'Ocagne. »
La Classe a adopté ces conclusions, auxquelles se sont ralliés MM. Mansion et Le Paige. En conséquence la note de M. d'Ocagne paraîtra dans le Bulletin.
Étude sur les bières bruxelloises ; par MM. Van den Hulle et Van Laer.
Rapport de M. Gilkinet, premier commissaire,
« Dans la première rédaction, portant pour titre Étude sur le lambic, du mémoire soumis au jugement de l'Aca- démie, les auteurs étudient la fabrication du lambic, la composition de cette bière et les différents processus biologiques qui interviennent dans sa préparation.
On sait que le moût est abandonné pendant plusieurs années à la fermentation spontanée, sans addition d’une levure quelconque. Ce moût lui-même est obtenu par des procédés particuliers. Ainsi une notable partie de la cuve- matière est constituée par du blé erù, non saccharifié, qui se transforme lentement en maltose. Suivant l'expression des auteurs, ce mode opératoire accentue encore le moel- leux du lambic. Nous ne disenterons pas sur le moelleux dont il est ici question, en vertu de l’adage : de gustibus
CY) Démontré et appliqué par le professeur belge, dans son nou: veau Mémoire.
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non disputandum. Nous nous ferions un scrupule d’ébran- ler, si peu que ce fût, le culte que les auteurs semblent avoir: voué à l’une de nos bières nationales; nous ferons observer toutefois qu’en parlant des bières bruxelloises, Griessmayer constate qu’elles renferment souvent une telle proportion d’acide qu'elles seraient considérées en Allemagne comme n'étant pas potables.
Les analyses de MM. Van den Hulle et Van Laer nous font connaître qu’à l’âge de quinze mois, le lambic renferme sur cent d'extrait la quantité énorme de 9 !/, °/, d'acides lactique et acétique. Cette acidité, il est vrai, diminue graduellement et, à l’âge de soixante-trois mois, le lambic ue renferme plus que la quantité encore fort respectable de 6,87 °/, d'acides.
La dimination porte exclusivement sur l’acide lactique ; les quantités d’acide acétique n’ont cessé d'augmenter el la bière de soixante-trois mois en renferme 2,69 °/.. L’al- cool, qui s’est formé surtout pendant les premières phases de la fermentation, existe pour 29 °/, dans le lambic de trois mois et pour 35,84 */, dans celui de vingt-six mois ; il diminue ensuite, pour descendre au chiffre de 30,20 °/, dans la bière de cinq ans.
Les auteurs se demandent avec raison à quelle cause est due la diminution de la teneur en acide lactique; ils sont tentés de l’attribuer à des micro-organismes qui ramèneraient l'acide à l’état d’anhydride carbonique et d'eau. Peut-être faudrait-il ajouter : et à l’état d'acide acétique. On sait, en effet, que sous l'influence de certains schizomycèles, l'acide lactique donne aisément des acides acétique et propionique, et il est très possible que laug- mentation notable de l’acide acétique constatée par les auteurs ne soit pas due seulement à l'oxydation : de l'alcool, mais aussi à la décomposition de l'acide lactique:
( 422 )
MM. Van den Hulle et Van Laer se demandent d’où proviennent les germes qui ensemencent naturellement le moût de lambic. Se trouvent-ils à la surface des matières premières, ou bien dans l’air des brasseries ou enfin dans les tonneaux à fermentation? Les auteurs se prononcent pour cette dernière alternative. Reess (1) avait également attribué l’ensemencement du faro aux appareils et à l'air du local dans lequel s'opère la fermentation. Suivant MM. Van den Hulle et Van Laer, bien qu'à certaines époques de l'année, l'air renferme des ferments, il ne peut être considéré comme l'agent principal de lense- mencement. Les auteurs rendent compte d'expériences qu’ils ont instituées en vue de démontrer l’action prépon- dérante des fûts dans la propagation des ferments. La pratique de la brasserie confirme ces déductions. On fait subir aux tonnes neuves une préparation qui consiste à les laver avec une solution bouillante de sulfate de fer pour enlever le goùt de bois (sans aucun doute, pour débarrasser l’intérieur des douves d’un excès de matière lannique); on rince ensuite à l’eau bouillante, puis on introduit dans les fûts des lies de bière qu’on y laisse séjourner pendant plusieurs mois.
Dans un chapitre spécial, les auteurs s'occupent de la nature des ferments du lambic. Ils ont rencontré :
Les ferments acétique et lactique;
Différentes bactéries indéterminées ;
De volumineuses cellules cylindriques également indé- terminées ;
Le Mycoderma cerevisiae;
Trois variétés de Torula, de taille un peu différente, et
(1) Untersuchungen über Alkoholgährungspilze. Leipzig, 1870.
dont la distinction me paraît bien difficile, à s’en tenir du moins aux caractères morphologiques;
Une Torula colorée en rose;
Ua Saccharomyce également coloré en rose;
Le Saccharomyces apiculatus, qui joue un rôle important dans la fermentation;
Le S. ellipsoïdeus. Les auteurs en distinguent deux variétés entre lesquelles je ne parviens pas, encore une fois, à découvrir de différence morphologique notable, mais qui seraient caractérisées notamment par leur action différente sur les liquides fermentescibles. Les auteurs ont obtenu les ascospores des deux variétés, mais ils ne les figurent pas. Ces deux variétés apportent une contri- bution importante à la fermentation du lambic.
En terminant, les auteurs émettent quelques considéra- tions praliques sur une méthode rationnelle de fabrication du lambic. D’après eux, on devrait ensemencer le moût stérilisé, d’abord par le S. apiculatus, puis, après un cer- ` tain temps, par le S. ellipsoïdeus, enfin par les ferments
acides. Tout au moins, après avoir stérilisé le moût, on pourrait l’ensemencer de S. apiculatus, le soutirer ensuite dans les fûts qui servent actuellement à la fermentation du lambic et l’additionner enfin de S. ellipsoïdeus. Des expériences de laboratoire faites dans cette direction, ont donné des résultats très satisfaisants.
Nous avons résumé brièvement le mémoire de MM. Van
den Hulle et Van Laer. Il est certainement très intéres- sant. Nous avons cependant quelques observations à pré- senter aux auteurs. La première, de peu d'importance, est relative à la rédaction qui, dans maint passage, doit ètre revisée. La deuxième concerne le nombre relativement considérable d'organismes indéterminés que renseigne le mémoire. Il serait très désirable que l'étude de. ces orga-
I
( 125 )
nismes fût poursuivie el complétée par les auteurs, au moins dans un travail ultérieur. Une troisième et dernière objection est relative à la connaissance incomplète de la littérature que révèle la lecture du mémoire. Dès 1870, Reess (1) a étudié la morphologie des Saccharomyces ; c’est lui qui a découvert leur forme d’ascomycètes, c’est lui qui leur a donné la plupart des noms qu'ils portent aujour- d'hui (S. ellipsoïdeus, conglomeratus, apiculatus, pasto- rianus, exiguus). De plus, Reess a étudié les ferments du faro de Bruxelles; il y a signalé la présence des S. cere- visiæ, apiculatus, ellipsoïdeus, exiguus, pastorianus et de cellules cylindriques particulières ; il a figuré des asco- spores obtenues des S. cerevisiæ et ellipsoïdeus du faro belge. Or, les auteurs semblent avoir ignoré l'existence de ce travail. En certains endroits, ils attribuent à Hansen les découvertes de Reess, lorsqu'ils disent, par exemple : « Ce n’est pas à nous que revient l'honneur d’avoir signalé la première fois la présence du S. apiculatus dans les lambics. A la page 161 du tome l° des Communications du laboratoire de Carlsberg, nous lisons, dans le mémoire de Hansen intitulé : « Sur le S. apiculatus et sa circulation dans la nature », que cet organisme se rencontre notamment dans les brasseries belges où l’on emploie la fermentation spontanée. » Nous citons encore le passage suivant, où il est ques- tion des ascospores du S. ellipsoïdeus. |
« Beaucoup de cellules à ascospore rappellent les » figures classiques de Hansen. »
Or, ainsi que nous l’avons dit, dès 1870, Reess a décou- vert la présence du S. apiculatus et d’autres Saccharo-
v vy v y Y y vy
{1) Loco citato.
(124 ) myces dans le faro. Il a fait également connaître le S. ellipsoïdeus et a parfaitement figuré la formation et la germination des ascospores; les figures classiques seraient donc plutôt celles de Reess que celles de Hansen.
Je conclus en répétant que le mémoire de MM. Van den Hulle et Van Laer est intéressant et j'en propose volon- tiers l'impression dans un des recueils de l’Académie, à la condition toutefois que les auteurs revisent leur rédaction et qu’ils tiennent un juste compte du travail de Reess que je leur ai signalé. »
« Dans leur nouvelle rédaction, les auteurs ont fait droit aux observations que je leur avais présentées dans mon premier rapport. J’ai donc l'honneur de proposer l'insertion du travail et des planches qui l'accompagnent dans le recueil des Mémoires in-8° de l’Académie. Je propose également que l’Académie engage MM. Van den Hulle et Van Laer à continuer leurs intéressantes recher- ches. »
Rapport de M, Louis Henry, second commissaire.
« J’apprécie, comme mon savant confrère, M. Gilkinet,
le mémoire de MM. Van Laer et Van den Hulle, et je suis
s aussi d'avis qu’il mérite de prendre place dans les publica-
tions académiques, comme leur précédent travail sur la fermentation visqueuse.
Mais j'y mets deux conditions : la première, indiquée déjà par M. Gilkinet, que la rédaction en soit modifiée; en bien des endroits, elle laisse à désirer sous le rapport de la correction; la seconde, que certaines modifications et
PÈRE
( 125 ) additions soient faites au chapitre I qui constitue surtout la partie chimique de ce travail.
Les auteurs y indiquent la quantité d'alcool, d'acide lactique et d’acide acétique que renferme le lambic à ses différents âges.
Or, ces quantités sont rapportées à 100 parties d'extrait.
C'est là, à mon sens, une manière fort incorrecte d'exprimer la composition du lambic. Peut-être a-t-on l'habitude de procéder ainsi en brasserie.
Quoi qu’il en soit, on peut se demander, et je me le demande, ce que représente l'extrait par rapport au lam- bic lui-même ?
J’attire l’attention des auteurs sur ce point, et je les eugage à donner dans le corps de leur travail une défini- tion précise de ce qu’ils entendent par cet extrait. Je vou- drais aussi qu’ils indiquassent le procédé qu'ils ont suivi pour déterminer la teneur en alcool, en acide acétique et en acide lactique des produits sur lesquels ils ont opéré.
Leur travail gagnera beaucoup à recevoir ces complé- ments que je regarde comme indispensables.
MM. Van den Hulle et Van Laer ayant satisfait aux observations précitées, je me rallie aux conclusions de mon savant confrère. Le précédent travail de M. Van Laer, sur la fermentation visqueuse, a été imprimé dans les Mémoires in-8°. C’est aussi dans ce recueil que doit être inséré, me semble-t-il, le mémoire actuel. s
La Classe a adopté les conclusions de ces deux rapports.
3"° SÉRIE, TOME XXI. . 9
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COMMUNICATIONS ET LECTURES.
Recherches micrographiques sur la nature et Vorigine des roches phosphatées (notice préliminaire); par A.-F. Renard, correspondant de l’Académie, et J. Cornet, docteur en sciences naturelles.
' Nous nous proposons dans cette notice de faire con- naître les résultats préliminaires d’une étude d'ensemble que nous avons entreprise sur la formation des roches phosphatées. Cette étude a été dirigée surtout vers la solution du problème, très obscur encore, de l’origine de ces roches. Nous l’avons abordée par la méthode microgra- phique, en tenant compte d’ailleurs, dans la mesure néces- saire, des observations sur le terrain. On pourra se con- vaincre, croyons-nous, que le mode de recherche que nous avons appliqué a permis, sinon de dissiper tous les doutes que la question nous offrait, au moins de lever les plus importants, et nous a conduits à envisager ces forma- tions sous un jour nouveau. |
Au lieu de considérations générales et hypothétiques, qui ont trop souvent servi de point de départ aux concep- tions relatives à l’origine du phosphate de chaux des ter- rains sédimentaires, nous nous sommes appliqués à analyser attentivement les faits que nous montrent les phosphates en voie de formation dans les mers actuelles.
Ensuite, nous les avons comparés aux phosphates dissé- minés dans les terrains marins anciens, et en particulier à ceux des couches crétacées des environs de Mons.
Ce sont les phosphates de cette région que nous avons
( 127 ) surtout étudiés jusqu'ici et que nous décrirons spéciale- ment dans ce travail; nous ne nous sommes pas bornés cependant à les étudier isolément, nous les avons comparés à ceux des départements de la Somme, du Pas-de-Calais et de l'Oise, du Cambrésis et de la Hesbaye.
Comme nous le montrerons tout à l'heure, cet examen comparatif ne nous a pas seulement apporté des faits similaires, susceptibles d’une même interprétation pour ces divers gisements, mais il nous a permis de constater, dans certaines circonstances, des détails plus nets que sur les phosphates de Belgique, dont nous avions surtout en vue l’étude en commençant ce travail.
L’attention est vivement attirée, sde en ce moment, par des découvertes récentes de nouveaux et riches gisements de phosphates dans notre pays et dans les régions voisines; témoin le nombre de publications qui se succèdent rapidement sur des questions touchant d’assez près celle de l’origine du phosphate. Nous voulons sou- mettre aux savants qui s'occupent actuellement de ces roches les éléments d’un examen comparatif, et leur permettre de contrôler notre interprétation. Il s'agissait aussi pour nous, dans ces circonstances, de prendre date par une notice préliminaire, qui nous permit ainsi de Poursuivre un travail d'ensemble plus détaillé, où nous appliquerons à des phosphates d’autres gisements le mode de recherches que nous avons suivi. Nous croyons, en effet, qu'un certain nombre de faits, que nous établissons ici pour la première fois, ainsi que plusieurs de nos con- clusions ont une portée plus générale, et qu’ils pourront s'appliquer à d’autres phosphates encore que ceux qui font l’objet de cette notice.
Procédés de préparation. — Indiquons une fois pour
(125 ) toutes les procédés de préparation, très simples d’ailleurs, que nous suivons pour l'examen microscopique.
Pour les roches composées à la fois de craie blanche et de granules ou de concrétions phosphatées, nous nous bornons à les soumettre à des lavages à grandes eaux, qui entraînent les parties calcaires. On isole ainsi un résidu phosphatique qui, de même que les matières crayeuses recueillies par décantation, est soumis au microscope.
Pour les phosphates riches, on sépare, par le même procédé, les particules pulvérulentes de moindres dimen- sions des granules phosphatés. Il est bien évident que ces séparations par lavages répétés sont loin d’être parfaites; mais elles suffisent pour le but que nous avons en vue.
L'examen microscopique des matières ainsi séparées se fait à divers grossissements; généralement des objectifs assez faibles suffisent. On observe ces particules à la lumière réfléchie, transmise ou polarisée, à l’état libre ou immergées dans l’eau, la glycérine ou le baume de Canada.
Il est quelquefois utile, pour l’examen des phosphates en grains, de recourir à un décapage des particules par l’acide acétique ou par l'acide chlorhydrique très dilué. Ces éléments pulvérulents se débarrassent ainsi d’une foule d’impuretés qui voilent leur forme propre ou leur struc- ture intime. :
Enfin, outre l'examen de matières pulvérulentes pré- parées comme on vient de le dire, nous avons, presque dans tous les cas, étudié les phosphates en sections minces transparentes. Dans tous les cas douteux, nous avons eu recours à des réactions chimiques faites sous l'objectif même du microscope; parmi ces réactions, la plus fréquemment employée est celle à l’aide de la liqueur molybdique; elle permet de discerner avec précision l'élément phosphaté des autres matières associées.
*
(129 )
Conditions générales de gisement. — Donnons tout d’abord les conditions générales de gisement des phos- phates que nous allons étudier.
1° On les trouve aux lieu et place où ils se sont déposés ou concrétionnés, mélangés aux éléments avec lesquels ils constituent les roches phosphatées. Ce sont des phosphates de formation contemporaine aux couches encaissantes. On peut ranger dans cette première catégorie les granules phosphatés des diverses craies blanches, les concrétions plus volumineuses, disposées en lits dans ces craies, les débris phosphatiques de Vertébrés (Poissons, Reptiles, etc.).
2 Une seconde catégorie comprend les roches phos- phatées qui ont été soumises à des remaniements et qu'on trouve dans des dépôts plus récents, où elles peuvent s'être enrichies en phosphate. C’est dans cette catégorie qu'on doit ranger, par exemple, les éléments roulés du poudingue de Cuesmes ou du poudingue de la Malogne.
3° Enfin, on peut réunir dans un troisième groupe les sables phosphatés, les nodules et les fossiles qui se pré- sentent comme résidu de la dissolution d’une craie sous l’action d’eau chargée d'acide carbonique et d'acides humiques.
Dans cette subdivision viennent se placer les phosphates riches de Ciply, de la Somme, du Pas-de-Calais, du Cam- brésis, de la Hesbaye, etc.
Ce qui concerne la stratigraphie et la DREE des gisements phosphatés est généralement assez connu pour que nous n'ayons pas besoin d'y revenir. Tel n’est pas, d’ailleurs, le but de ce travail; mais comme il importe qu’un lecteur étranger à nos régions soit fixé sur l’âge géologique des formations que nous allons examiner dans cette notice, nous ferons précéder l'exposé de nos recherches person-
( 150 ) nelles d’un tableau synoptique des assises dont nous avons étudié les roches phosphatées. (Gosselet, Esquisse.)
Maestrichtien. . . . . Zone à Hemipneustes radiatus. Tuffeau de Cipl Poudingue de la Malogne Tuffeau de Maestricht, couche à coprolithes, etc
Sénonien : ; -o vo Zone à Fissurirostra Palissii, Craie brune de Ciply. a. Craie SERE à Théci
b. Craie eu de Ciply proprement dite. c. Craie à silex spongieux. Poudingue de Cuesmes Craie de Spiennes.
Zone à Belemnitella mucronata. Craie de Hesbaye. Craie de Nouvelles.
Zone à Belémnitella Nantes Craie d'Obo Craie de Trivièrés. Craie de Herve, Craie grise de la Somme, etc.
Zone à Micraster cor-anguinum Craie de Saint-Vaast. Craie d'Ossogne,
Zone à Micraster cor-testudinarium. Craie grise du Cambrésis
TORR s a Li aM Zone à Micraster breviporus. Tun de Lézennes.
Zone à Terebratulina gracilis. Craie de Maisières.
( 151 )
Examen microscopique des phosphates de Beauval et d’Orville. — Passons immédiatement à l'examen micro- scopique des phosphates.
Nous avons dit plus haut que ceux de certains gisements présentent, d’une manière exceptionnellement nette, les caractères que nous retrouvons aux phosphates des ter- rains crétacés des environs de Mons, dont les détails de structure sont généralement plus voilés. Ils resteraient souvent méconnaissables, si l'on n'avait pas comme point de comparaison les indications fournies par des phosphates d’autres gisements. Parmi ces derniers se placent en pre- mière ligne les phosphates en grains de la Somme et du Pas-de-Calais.
a) Moules de Foraminifères. Si Von soumet au micro- scope les phosphates dont il s’agit, on constate qu’ils sont formés de grains nettement caractérisés comme moules de Foraminifères (Globigerina, Textularia, Cristellaria, etc.). Leur surface porte d’une manière bien visible l'empreinte de la forme organique à l’intérieur de laquelle le phos- phate s’est déposé. La partie interne des grains montre d’une manière non moins marquée tous les détails de la structure et de l’arrangement des loges qui ont été respec- tées dans leur intégrité par la phosphatisation. Ces moules ont environ de 0,05 à 0,1 millimètre. A la lumière réfléchie, ils sont blanchâtres, d'aspect porcelané, brillant; à la lumière transmise, leur teinte est jaunâtre, brunâtre ou vert sale, et l’on constate que la surface brillante, à éclat résinoïde, est due à un enduit recouvrant le moule interne el remplaçant en quelque sorte le test des Foraminifères, dont on ne constate jamais, peut-on dire, la présence dans ces grains phosphatés.
Ces grains sont transparents, plus rarement opaques,
‘(132 ))
‘d'un pâte assez homogène, mais granulée de points noirs. Elle montre entre nicols croisés des traces assez faibles de polarisation d’agrégat. La zone brillante, très mince, qui recouvre les moules et qui en suit tous les contours, tranche par sa pureté, sa transparence, sa teinte jaunâtre très faible sur le noyau moins homogène qu’elle enveloppe et dont elle pénètre quelquefois les interstices. Cette substance hyaline montre, en outre, la croix des agrégats sphérolithiques, ce qu’on n'observe pas pour les parties cen- trales. Malgré cette différence de caractères physiques, le _moule et sa mince enveloppe sont l’un et l’autre constitués par du phosphate de chaux; c’est ce que prouvent les réactions faites sous l’objectif du microscope par la . liqueur molybdique.
Outre les petits cristaux de phospho-molybdate qui se forment alors, les grains, en se dissolvant sous l’action du réactif, abandonnent un résidu floconneux, brunâtre ou jaune sale de matière organique, et le liquide donne la réaction du fer. On peut attribuer à ces substances orga- niques et au fer le rôle de matières colorantes.
A la vue des particularités que nous revèle d’une manière aussi nette l'examen microscopique de ces gra- nules phosphatés, on ne peut se défendre de l’idée qu'ils doivent leur origine à un dépôt de phosphate de chaux à l'intérieur de coquilles de Rhizopodes calcaires. Une ana- logie très frappante se manifeste entre les faits que nous constatons et ceux que nous montre la glauconie. Qu'il nous suffise d’avoir constaté qu’un nombre considérable de granules de phosphate sont des moules internes de Fora- minifères. La figure 1 donne la preuve évidente de notre assertion. Nous ferons ressortir bientôt la portée de la constatation que nous venons de faire.
(455)
b) Fragments de tissu osseux. Une observation qui n’est pas moins importante se rapporte à un élément, à vrai dire moins répandu dans le phosphate que les moules dont nous venons de parler, mais dont la présence con- stante est des plus caractéristiques. Associés à ces moules, on découvre des fragments microscopiques, mesurant une fraction de millimètre, d’une matière plus transparente, jaunâtre, claire, quelquefois incolore. Ce sont des fibres, des esquilles, des plaques, à contours souvent rectilignes ou déchiquetés (fig. 3). Ces éclats sont constitués par du phosphate de chaux, mais, outre les caractères que nous venons de donner, ils en ont un autre qui permet de se prononcer sans hésiter sur leur nature. En employant un pouvoir grossissant plus fort, on constate, en effet, que beaucoup de ces fragments ne sont pas homogènes; ils montrent la structure du tissu osseux des Poissons et des Reptiles. Cette détermination est confirmée par la compa- raison de lames minces, taillées dans des os et des dents parfaitement déterminables, qu'on trouve comme fossiles dans les mêmes gisements (fig. 4 et 5).
Non seulement cette structure et leur forme, mais leur transparence et leur minceur permettent de les distin- guer d’un coup d’œil des éléments phosphatiques moulés. IL suffit d'examiner la préparation à la lumière réfléchie : toutes les particules hyalines osseuses s’évanouissent en quelque sorte du champ, tandis que les grains plus ou moins opaques se montrent comme des points réfléchissant la lumière. Ces éclats osseux se distinguent aussi par leurs phénomènes de polarisation chromatique.
Signalons encore, parmi les restes organiques, la pré- sence assez fréquente de dents microscopiques de Poissons dont la forme et la structure ne peuvent laisser aucun doute dans la détermination.
( 434 )
c) Particules minérales. Avant de passer à l'examen des particules que l’on prendrait de prime abord comme des grains amorphes et dont la détermination est plus difficile, disons que les éléments minéralogiques clastiques sont rares. On constate néanmoins quelques fragments anguleux de quartz mesurant environ un dixième de milli- mètre, des éclats de feldspaths monocliniques et :tricli- niques de la même dimension, plus ou moins kaolinisés, et quelques particules d’une roche schisto-cristalline que nous rapporterions au micaschiste.
On doit donc considérer les particules minérales comme jouant un rôle très subordonné dans la masse du phos- phate de la Somme, comme on -peut s'en convaincre du reste par le résidu de l'attaque aux acides qui forme à peine quelques centièmes de l’ensemble.
d) Particules d'aspect amorphe. Il n’en est pas de même des éléments dont nous allons parler; leur rôle est important, mais leur détermination exacte n’est possible, nous parait-il, qu’en s'appuyant sur ce que nous montre l'examen des moules phosphatés de Foraminifères décrits plus haut. Les grains dont il est ici question ont à peu près la même dimension que les moules internes; ils offrent les mêmes caractères optiques, ils sont bordés par la même zone hyaline, le noyau est plus opaque, les linéaments qu'on y découvre sont plus vagues. Toutefois, une observation attentive ne manque pas de montrer, dans la généralité des cas, qu'ils sont eux-mêmes des moules internes, mais dont les traits caractéristiques sont plus ou moins effacés. Il en est qui laissent entrevoir vaguement la disposition des loges, d’autres ont conservé les contours des Foraminifères, d’autres enfin sont tellement modifiés par des actions postérieures, que toute trace de structure
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interne ou externe est effacée ; et cependant, même pour ces derniers, l'étude de toutes les formes de transition nous amène à considérer, à leur tour, la majorité de ces grains comme des. moules internes de Rhizopodes.
- Mieux que toutes les descriptions, la figure 2, où sont représentées les diverses formes de ces grains de phos- phate avec les transitions qu'ils offrent, fera naitre dans l'esprit du lecteur le rapprochement que nous venons d'indiquer.
e) Concrétions microscopiques, Signalons enfin, comme éléments assez fréquents, des petites concrétions phospha- tiques plus ou moins circulaires à centre opaque ou bru- nâtre, environnées d’une série de zones concentriques d’une extrême minceur; elles sont transparentes, offrent la croix noire sphérolithique et doivent être envisagées comme des couches d’un phosphate plus pur, disposées successive- ment sur le noyau. Quelquefois ces concrétions microsco- piques sont elliptiques, elles offrent deux ou plusieurs, noyaux. On peut les considérer alors comme formées par la juxtaposition de deux concrétions ébauchées, cimentées el enveloppées ensuite par des zones communes.
Faisons ressortir l’analogie que présentent les zones externes de ces petites concrétions avec la couche hyaline qui recouvre comme d’un vernis les moules phosphatiques des Foraminifères.
D’autres formes, souvent en fuseau et généralement plus grandes que les concrétions dont nous venons de parler, se retrouvent aussi avec une certaine constance. Elles sont presque opaques, gris pointillé de noir; nous les rappor- - tons, avec doute, à des restes coprolithiques d’Échino- dermes.
On observe, en outre, une grande quantité de particules
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plus petites que celles dont il a été question jusqu'ici, et parmi lesquelles on distingue des fragments de moules, de loges isolées de Foraminifères et d’autres fragments trop petits ou trop vagues pour permettre une détermi- nation précise; mais tous sont phosphatiques, et ils ne peuvent être autre chose que des débris finement divisés des éléments précédents.
En terminant la description micrographique de lélé- ment phosphaté de la craie de Beauval et d’Orville, il est utile de faire remarquer que la craie grise de ces localités, qui n’a pas été soumise à l’enrichissement naturel, montre, outre les éléments que nous venons de décrire, tous ceux que l’on trouve d'habitude dans la craie blanche.
Phosphates de Ciply. — On sait que la craie brune de Ciply se divise par lévigation en une partie crayeuse (1), formant environ 75 °/, de la masse, et en un résidu phos- phaté plus dense. La partie crayeuse possède tous les caractères d'une craie type et, lorsque la séparation des éléments denses a été complète, on n’y retrouve plus que des traces de phosphate et le résidu de l'attaque aux acides est insignifiant.
a) Partie crayeuse. L’éxamen microscopique confirme l’analogie complète de celte matière calcaire avec la craie. On y distingue, en effet, comme dans la craie, de
(1) Cette partie crayeuse est celle désignée par Melsens sous le nom de folle farine. (Bulletin de l?’ Académie royale de Belgique, 1874, 2e série, t. XXXVIII, p. 23). Depuis, cette expression a été prise dans d’autres sens, et c’est pour éviter toute confusion que nous nous servons du terme partie crayeuse, comprenant sous ce terme les matières calcaires qui se séparent, au lavage, de la partie phosphatée.
(137 ) nombreux Foraminifères intacts, des fragments de coquilles de Mollusques, d'Échinodermes, etc., et une masse amorphe calcareuse, vase crayeuse qui provient de la trituration des coquilles calcaires. Cette partie crayeuse est de tous points semblable à la craie de Spiennes sous- jacente (fig. 45).
b) Partie phosphatée. Les éléments phosphatés, exa- minés en lumière réfléchie, sont formés de granules légèrement mamelonnés à la surface, à éclat résinoïde, semblables à ceux de la Somme, sauf que leur teinte est plus brunâtre et que les moules bien nets de Foramini- fères y sont beaucoup moins nombreux. Ce rapprochement avec les grains phosphatés de Beauval et d’Orville se con- firme par l’examen en lumière transmise, mais ici on constate encore une fois que les granules phosphatiques de Ciply sont plus vagues de forme, leur bordure transpa- rente est moins développée, la partie centrale est plus opaque, elle offre un pointillé assez grossier allant du brun au noir. :
Pour mieux juger de leur nature, il est nécessaire de leur faire subir un décapage à l'acide acétique. On ne manque pas alors de voir qu’un certain nombre de ces granules sont bien des moules internes de Foraminifères, identiques à ceux que nous avons décrits et figurés pour les phosphates de la Somme et du Pas-de-Calais. Dès qu’on a constaté ces formes, on n’hésite pas à en recon- naître des indices sur d’autres grains, où le caractère de moule interne est moins prononcé; il en est d’autres, enfin, sur lesquels on doit en quelque sorte deviner la nature primitive de moules internes, tant les actions moléculaires postérieures les ont effacés (fig. 8 et 9).
Au fond, les faits que nous constatons ici sont sensi-
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blement les mêmes qu’à Beauval; mais, dans la craie brune de Ciply, ils apparaissent comme voilés, el ce n’est qu’en suivant toutes les transitions qu’on peut arriver à une détermination certaine de leur origine. C’est ainsi qu’on trouve dans la craie phosphatée que nous analy- sons des moulages d’une netteté et d'une intégrité par- faites; d’autres, plus nombreux, où la subdivision des loges est à peine marquée, les contours mal définis; d’autres, enfin, où la forme originelle est masquée au point qu’on prendrait ces particules pour absolument amorphes (fig. 8).
Ici, comme dans les phosphates de la Somme, on ren- contre des concrétions microscopiques de phosphate à bord zonaire, assez large, hyalin, à centre noir ou bru- nâtre; elles peuvent présenter, comme dans les cas précé- demment décrits, un ou plusieurs centres.
Les fragments osseux abondent dans les phosphates de Ciply. Ces éclats, ainsi que des dents microscopiques, sont mêlés aux grains bruns; ils sont absolument semblables à ceux que nous avons décrits plus haut, et leur rôle, comme quantité, est le même que dans les CERTES de la Somme (fig. 6 et 7).
L'observation que nous avons faite au sujet du peu de netteté des moules phosphatiques doit s'appliquer aussi, dans une certaine mesure, à certains de ces fragments osseux de très petites dimensions. Mais, en procédant par comparaison, On arrive bien vite à voir que ces éclats, de nature douteuse, doivent se ranger avec les particules si abondantes de tissu osseux de Poisson et de Reptile, où la structure intime est restée parfaitement empreinte.
Les particules minérales de la craie phosphatée de Ciply sont peu nombreuses; on n’y trouve que quelques
(: 139 ) rares fragments de quartz et des fragments plus rares encore de feldspath. ; Quant aux particules impalpables mêlées aux grains et aux éclats dont il vient d’être question, nous constatons qu’elles sont les mêmes que dans le phosphate de Beauval. Somme toute, le phosphate en grains de Ciply est identique au fond, pour la nature des particules qui le constituent, à celui du gisement français auquel nous l'avons comparé, à la seule différence près que dans ce dernier on distingue mieux le caractère vrai des éléments constitutifs. Mais les faits sont les mêmes et nous mènent à la mêmé conclusion relativement au mode d’origine.
Couches de la base. — Il reste à dire quelques mots d’autres roches phosphatées dépendant de la craie brune de Ciply. Nous avons vu plus haut que la craie de Spiennes forme un même terme stratigraphique âvec celle de Ciply, renfermant les grains phosphatés dont il vient d’être question. |
En descendant la série, on constate que, dans la partie supérieure de la craie de Spiennes, sont intercalés des lits de parties phosphatées qui n'offrent aucune particularité qui wait déjà été décrite. En même temps, ces couches ren- ferment de nombreux silex bruns, quelquefois spongieux, et qu’on prendrait comme étant encore en voie de forma- tion.
Des lames minces, taillées dans ces concrétions sili- ceuses, montrent que, sauf leur porosité, elles sont sembla- bles, pour leur nature minéralogique et leur structure, à d’autres silex de la craie; ce qui les distingue surtout, c’est qu’elles empâtent des grains bruns phosphatés ana- logues à ceux décrits plus haut et qui prêtent à ces
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masses siliceuses la couleur qui leur est propre. Outre ces grains bruns de phosphate, ces silex renferment tous les éléments constitutifs de la craie dans laquelle ils sont enchâssés. Ces faits sont une preuve nouvelle que le con- crétionnement de la silice et sa cristallisation se sont faits après le dépôt, et qu’ils ont pris comme centres des débris de Spongiaires, quelquefois parfaitement reconnaissables, et dont les vides étaient déjà remplis au moment de la silicification par les matières sédimentaires, crayeuses el phosphatiques (fig. 13 et 14).
Signalons en passant que c’est dans ces couches à silex que se rencontrent les couches phosphatées d'Havré. Sauf que les grains sont un peu plus opaques et d’une couleur plus foncée tirant sur le.vert, ce qui les fait ressembler à la glauconie, ces phosphates d'Havré ne présentent aucun trail caractéristique qui pait déjà été sers dans la description précédente.
Couches supérieures. — A la partie supérieure des couches de la craie brune de Ciply, les grains phosphatés diminuent; la roche prend une structure plus grossière; elle est rugueuse, blanchâtre, et plusieurs lits de silex gris brunâtre y sont intercalés. Les bancs tout à fait supérieurs sont du calcaire sans mélange de phosphate. Au-dessous de ces couches on aperçoit quelques lits renfermant des grains de phosphate mêlés à des grains de glauconie.
Bancs durcis. — On sait que certains bancs de craie phosphatée durcie se trouvent au contact du tufeau de Ciply ou du poudingue de la Malogne. La craie brune apparaît en ces points durcie sur une épaisseur atteignant quelquefois un mètre. Nous avons soumis au microscope
( 441 ) des lames minces de fragments extraits